Espaces et temps queer
15 août 2026
revue Nouvelles études francophones
Dossier spécial, Volume 42.2 Automne/hiver 2027
Protéiforme et multidimensionnelle, la queerité se déploie en tension avec l’espace-temps hétéronormatif, sans pour autant se réduire à une simple posture de contestation. Issue de l’allemand qver – « oblique, de travers, pas à sa place »[1] – la notion de queer embrasse une multiplicité de sens et d’expériences : elle désigne à la fois une identité et un mouvement postidentitaire[2] , une praxis politique et esthétique, une expérience intime et partagée de subjectivation. Autrement dit, le queer n’affecte pas uniquement les catégories de genre et d’orientation sexuelle, mais traverse et reconfigure un ensemble plus vaste de normes informant nos manières d’être et d’habiter le monde. À ce titre, en s’autoperformant, la queerité déconstruit les cadres normatifs de la temporalité et de la spatialité, et interroge la manière dont ces catégories façonnent nos existences quotidiennes. Dans le sillage des travaux de Jack Halberstam, qui publiait il y a plus de vingt ans l’ouvrage In a Queer Time and Place (2005), ce dossier spécial de Nouvelles Études Francophones entend interroger la manière dont le queer habite les espaces et les temporalités dans les mondes francophones. Nous souhaitons explorer la façon dont ces espaces et temps deviennent, restent, sont ou font semblant d’être queer ainsi que d’analyser comment ils sont représentés, vécus, habités et contestés de manière queer. Il ne s’agit pas seulement de transposer des cadres théoriques anglo-saxons dans les études francophones, mais d’examiner leur réception, leur remaniement et parfois leur subversion dans des contextes situés, marqués par des histoires coloniales, des cadres juridiques distincts, des économies linguistiques spécifiques et des trajectoires militantes variées. Une telle réflexion suppose ainsi de rester attentive aux multiples rapports de pouvoir qui traversent les espaces et temporalités queer dans les mondes francophones. Ceux-ci, dans certains contextes, ne peuvent être pensés indépendamment d’autres régimes de pouvoir (héritages coloniaux, logiques d’impérialisme culturel, dynamiques de racialisation, plurilinguisme, etc.) participant à la production différenciée des subjectivités et des expériences situées du temps et de l’espace queer. La réflexion sur les espaces et temps queer dans la francophonie implique également une réappropriation critique des concepts, une lecture qui soit attentive aux conditions de production locales du savoir et aux expériences minorisées.
Modalités de soumission
Les propositions de communication, d’une longueur de 300 à 500 mots, seront rédigées en français. Elles devront être accompagnées d’un titre, d’une courte notice biobibliographique d’environ 100 mots et des coordonnées complètes du/de la proposant·e. Les propositions peuvent être issues de la recherche émergente ou confirmée. Elles devront être envoyées avant le 15 août 2026 à Cris(tina) Robu et Alex Noël à l’adresse suivante : queerspacesandtimes@gmail.com.
Remise des articles (5500-6000 mots) : 15 janvier 2027. Si votre proposition est retenue, vous recevrez le protocole de rédaction à suivre avec la réponse d’acceptation de votre proposition.