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Sang et sexe dans les séries policières contemporaines : une « pornographie de la mort » ?

octobre 2026
Appels à contribution
Date limite :
31 janvier 2027
Isabelle Casta (dir.)
Sang et sexe dans les séries policières contemporaines : une « pornographie de la mort » ? - Institut du Genre

Appel à textes pour la Revue des Lettres Modernes (Minard-Garnier) « Séries policières » N° 6

 

« J’en ai marre, Marabroute, Broute ma craque, Crac boum paf, Paf dans le fion, Fion follet, Lèche zizi, Zigomar, Marabroute… » (Patrice Dard, Ça se corse !, Fayard, 2003)

Si la référence à Geoffrey Gorer[1] permet de croiser deux thématiques relativement aveuglantes comme isotopies constitutives du polar, on hésite toujours à considérer comme allant de soi les scènes « hot » des « James Bond », des « Coplan » ou des « San-Antonio », parodiques mais crues…

Comment les séries policières contemporaines mobilisent-elles les motifs du sang, de la mort et du sexe pour construire une phénoménologie de l’horreur et de la transgression, et que révèlent ces représentations sur les imaginaires sociaux contemporains ? On se souvient de la préface rédigée par M. Lévy (Anacharsis éd., 2006) pour le pastiche gothique de Bellin de la Liborlière, La Nuit anglaise (1799) : ces « exorbitances macabres », pour parler comme Éric Dussert (Dictionnaire de la Mort), ne seraient-elles pas peu ou prou ré-articulées et ré-sémantisées par les séries policières populaires un peu « cheap », de type Brigades Mondaines ou SAS Prince de l’aventure, par un biais sadomasochiste relativement fréquent dans ces œuvres ? Le « male gaze » à son apogée dans les couvertures des « Poche » de Hadley Chase, par exemple, témoigne d’un choix délibéré d’écriture par des hommes pour des hommes, et de nombreux titres de « séries noires » brillent par une inventivité dans le sous-entendu égrillard qui dit son temps et son public, de Fais pas ta rosière à Folle à tuer, en passant par les plus subtils Ce soir on sort ou Demain on tue…

« Seule la mort peut m’arrêter »…[2]

« Le corps en quelque sorte, coïncide avec lui-même sans qu’il soit encore possible de le subjectiver ni de l’objectiver. Il est là, comme un bout de viande, un visage grimaçant, une silhouette plantée sans raison à l’endroit où elle est. D’où aussi la bizarre omniprésence du sexe, mais sans désir ni fantasme, ni passion » (Y. Michaud, Histoire du corps, t. 3, p. 450).

Ces séries constituent aujourd’hui un espace privilégié d’exploration et de déconstruction des tabous sociaux : mais elles créent aussi un « habitus », un horizon d’attente qui procède de la réitération mécanique du même… Espionnage occidentalocentré, masculinisme affiché, réitération des stéréotypes sexuels, sinon sexistes, les séries estampillées « Fleuve noir » ou « séries noires » servaient souvent de cadre peu regardants d’épisodes « boueux », où de belles espionnes russes et de superbes héros du monde libre copulaient dans des palaces haut de gamme…

La sérialité télévisée, elle, met en scène des corps meurtris, des cadavres exposés, des sexualités transgressives ou violentes, et des flots de sang comme autant d’indices narratifs et de symboles culturels. Comme le souligne Maud Desmet, le cadavre est devenu une « figure centrale du récit policier contemporain », un objet à la fois diégétique, esthétique et anthropologique. Il donne une « confession silencieuse », et raconte une histoire que l’enquête doit déchiffrer. Le cadavre n’est ni un personnage ni un simple objet : il fait de sa mort un spectacle. Et de fait, les séries policières multiplient les représentations d’autopsies, de corps mutilés, violentés, de meurtres ritualisés, de scènes de crime détaillées. Cette exposition répond à une logique de dramatisation et de fascination collective pour le macabre, qu’accompagnent aussi un « gestus » pornographique, une « pornologie » pour reprendre le terme de Sébastien Hubier… L’on pourrait presque dire que pornocratie et thanatofiction se rejoignent dans l’hyperviolence désormais actée et sédimentée du polar sériel postmoderne […]

Modalités de soumission

Merci d’envoyer un court résumé, un titre très parlant, et une brève bio-bibliographie… avant fin janvier 2027.

Remise articles complets dernier délai octobre 2027.

Isabelle Casta : zacasta@wanadoo.fr