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Récits de femmes, dénis de droit

October 2026
Publications
Publication date:
2026
Christine Baron (dir.)
Récits de femmes, dénis de droit - Institut du Genre

Revue droit & littérature, n° 10-2026

“Dans les romans, partout. Mais dans les codes ? La question mérite encore d’être posée, alors même que les femmes alimentent le gros des amphithéâtres en droit et occupent une place croissante dans l’ensemble des professions juridiques.

Le droit, on le sait, affectionne l’universel. Il raisonne à partir de catégories abstraites et met en scène des sujets de droit supposément désincarnés. Sans doute la devise républicaine se déclinet-elle au féminin : liberté, égalité, fraternité. Sous le voile de l’universalité, le masculin s’est pourtant longtemps dissimulé. Le propriétaire, l’électeur, le contribuable, le chef de famille étaient des hommes. La femme n’était pas chassée du paysage normatif, mais elle n’y apparaissait qu’en second, comme fille, épouse, mère ou veuve. Souvent, elle n’était que l’avenir d’un homme. Rares étaient celles qui restaient maîtresses de leur destin.

Bien sûr, les femmes n’ont jamais été réduites au silence. Que leur pouvoir s’exprimât en dehors de la sphère juridique, cela ne veut pas dire qu’il n’existait pas. Les écrivains qui les ont le mieux comprises l’ont suffisamment montré, Balzac en tête. Au demeurant, la littérature a représenté pour elles non seulement un espace d’expression, mais aussi un moyen d’influence, d’émancipation si l’on veut. C’est l’une de ses facultés singulières du reste : anticiper les évolutions sociales. Bien avant d’être relayée par d’importantes réformes législatives, la cause des femmes a nourri l’œuvre d’auteurs attentifs. Au reste, le droit ne peut pas tout pour les femmes, Marguerite Yourcenar n’avait de cesse que d’y insister. De sorte que la littérature, qui tout à la fois reflète et réforme les esprits d’un temps donné, constitue sans doute une force plus large, plus profonde peut-être. […] Nicolas Dissaux