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Naturalisation des compétences dans les activités physiques et sportives

September 2026
Publications
Publication date:
2026
Benoit Gaudin (dir.)
Naturalisation des compétences dans les activités physiques et sportives - Institut du Genre

Numéro thématique de la revue Appartenances et altérités (N° 8 | 2026)

Le sport, en tant qu’« ensemble des situations motrices codifiées de façon compétitive et institutionnalisées » (Parlebas 2007) porte l’empreinte des institutions qui, pour l’organiser, doivent résoudre le défi de répartir la diversité humaine dans des catégories distinctes où chacun serait en situation d’égalité de chances de gagner. De ce fait, la séparation des modalités de compétition en catégories étanches (de sexe, handicap, poids, âge) est de règle dans quasi toutes les disciplines sportives.

À côté de ces catégories institutionnelles, d’autres catégories, bien que dépourvues de toute légitimité comme critères de différenciation entre sportifs, n’en jouent pas moins un rôle important quoique non officiel dans la distribution sociale des activités sportives. C’est le cas de l’appartenance de classe, mais aussi de l’assignation raciale. Ainsi l’espace des sports est-il marqué, dans les représentations sociales contemporaines, par une hiérarchie socio-économique des disciplines selon l’appartenance de classe de leurs pratiquants et de leurs publics, sur un gradient allant des sports élitistes comme le golf, le ski, l’équitation, jusqu’aux sports populaires comme le foot, le vélo ou la boxe. Les plus populaires combinent assignations classistes et raciales, parfois sous l’appellation de « sports de racailles », et croisent aussi fortement des questions de masculinité, comme l’illustre l’article de Akim Oualhaci sur les boxeurs des quartiers populaires en France et aux États-Unis

Si les catégorisations classistes et raciales restent non officielles, elles n’en sont pas moins puissantes, à l’instar de ce que montre l’article de Benoit Gaudin sur les athlètes africains : dans les courses d’endurance en athlétisme, la catégorisation de sportifs en fonction de leur couleur est si prégnante qu’elle résiste à l’invalidation par des résultats sportifs contraires aux attendus sociaux.

Les activités physiques et sportives constituent donc un lieu privilégié d’observation des relations complexes qui se sont nouées entre, d’un côté, des catégorisations de classe, de genre et de race (pour ne citer que celles-ci), et, de l’autre, des modes d’organisation d’un domaine instituant des segmentations d’activités et des modalités d’évaluation de performances. Sport et race se rejoignent sur la question du corps, ou plus précisément sur celle de la comparaison entre des corps, l’un étant en charge de l’aspect concret de la comparaison (le sport), l’autre d’un de ses aspects symboliques (la race). Pour démêler l’écheveau des relations entre ces deux domaines, nous examinerons d’abord comment, dans leurs épaisseurs historiques respectives, les relations entre sport et race se sont croisées autour de la question du corps, qui leur est consubstantielle.[…]