Points de vue féministes sur Bourdieu
01 juin 2026
Dossier Thématique de la revue Cahiers du genre
Les références aux travaux de Pierre Bourdieu connaissent un essor important dans les recherches sur le genre et la sexualité. Dans ce champ d’études, il n’est pas rare de croiser les concepts d’habitus, de champ, de capital culturel, de violence symbolique. Certains⋅es chercheurs⋅euses vont jusqu’à discuter franchement les vertus et les limites de l’approche bourdieusienne appliquée au genre et à la sexualité. Il y a près de trente ans, au moment où la parution de La Domination masculine (1998) a provoqué l’indignation de bon nombre d’universitaires féministes (en raison de l’invisibilisation de leurs travaux, de la réduction de la domination masculine à ses dimensions symboliques et du manque de réflexivité de genre de l’auteur, entre autres), peu d’entre elles auraient parié sur de telles appropriations et discussions de l’œuvre de Bourdieu. Issus de plusieurs disciplines telles que la sociologie, les études littéraires, les études genre, les cultural studies, la science politique ou les sciences de l’éducation, ces travaux se sont développés en France, mais aussi et peut-être surtout à l’étranger. En 2004, alors même que les griefs autour de La Domination masculine s’exprimaient encore avec force, paraît en Grande-Bretagne Feminism after Bourdieu, un ouvrage collectif coordonné par Lisa Adkins et Beverley Skeggs. Intégrant des contributions variées et faisant suite au colloque « Feminists evaluate Bourdieu » s’étant tenu à Manchester en 2002, ce livre n’est pas le premier à évoquer le lien contrarié des féministes à Bourdieu, mais il officialise néanmoins la question : comment travailler avec Bourdieu en féministes ? Dans quelle mesure est-il possible et souhaitable de produire une recherche féministe avec – mais aussi inévitablement contre – Bourdieu ?
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Les propositions d’articles pourront s’inscrire dans différentes disciplines (sociologie, science politique, études genre, cultural studies, histoire, philosophie, sciences de l’éducation, etc.). Elles prendront place dans un ou plusieurs des axes suivants, sans s’y réduire : 1/ Les enjeux liés à la structuration du champ scientifique et au rapport au politique, indissociables de la réflexivité et de la positionnalité, 2/ Les discussions et synergies théoriques entre les épistémologies féministes et les approches bourdieusiennes et 3/ Les transpositions féministes de Bourdieu, en particulier autour de l’articulation des rapports sociaux.
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Dans le cadre de cet appel, il est possible de soumettre des propositions d’appropriations et d’hybridations à partir de théories et de terrains variés. Ces propositions ne devront cependant pas se limiter à une lecture purement bourdieusienne d’un objet en lien avec le genre et la sexualité : les contributions seront amenées à engager un dialogue avec la pensée féministe et donc à faire preuve de réflexivité critique.
Modalités de soumission
Les propositions d’articles (8000 à 12000 signes maximum, soit 2 à 3 pages) devront être adressées avant le 1er juin 2026 aux trois coordinateurs×ices. Les versions complètes des articles d’environ 50.000 signes devront ensuite être rendues fin novembre 2026. Les consignes d’écriture de la revue sont disponibles ici.
Emmanuel Beaubatie, chargé de recherche au CNRS, emmanuel.beaubatie@cnrs.fr
Anna Berrard, doctorante en sociologie à l’EHESS, anna.berrard@ehess.fr
Camille Courgeon, doctorant⋅e en histoire à l’UPEC, camille.courgeon@u-pec.fr