Le couple à l’épreuve des récits contemporains : entre héritage, réinvention et rupture, 1980-2026
16 mars 2026
Appel à communication pour un colloque à l’Université Laval (Québec)
La persistance des violences conjugales et sexuelles, combinée à la répartition inégale du travail domestique et affectif, impose un constat : le couple demeure un site de violences, d’inégalités et d’injustices structurelles. Paradoxalement, le couple continue d’occuper une place hégémonique dans l’imaginaire social, politique et affectif. Marqueur de réussite, il est d’autant plus valorisé qu’il s’appuie sur un pragmatisme banal : du logement aux avantages fiscaux, des assurances aux rites sociaux, tout est largement calibré pour la vie à deux. Cette prédominance du couple dans les structures sociales trouve un écho saisissant dans sa représentation triomphante au sein des industries culturelles. Qu’on observe le palmarès des best-sellers ou les séries à succès des plateformes de streaming, le constat est le même : les romances (Bridgerton, The Summer I Turned Pretty ou encore Heated Rivalry) captivent un large public tandis que les téléréalités sentimentales se déclinent à l’infini (Love is Blind, The Golden Bachelor, Occupation Double, L’amour est dans le pré).
De toute évidence, le couple reste un horizon normatif puissant, alors même que le fait d’y entrer, d’y rester ou d’en sortir comporte un coût matériel, social et symbolique élevé (Chollet). Pensons aux inégalités économiques qui se creusent à l’intérieur même du couple ou, à l’inverse, à la précarisation qui accompagne fréquemment une séparation, ainsi qu’aux impasses relationnelles qu’alimentent les codes de la masculinité hégémonique (Connell). Malgré le regain d’intérêt, notamment dans les cercles queer et féministes, pour l’amitié (Raymond, Roseneil) et d’autres modèles relationnels (Enriquez), force est d’admettre que le couple demeure une institution incontournable, reflet d’une société qui reste largement organisée autour de celui-ci.
Ce colloque se propose d’appréhender le couple non comme une évidence, mais comme une construction politique, imaginaire et narrative qu’il convient de démystifier, voire de dénaturaliser. Il s’agira d’examiner comment les productions culturelles contemporaines (littérature, séries télé, films, téléréalités) participent à la perpétuation, à la critique ou à la reconfiguration des scripts amoureux et conjugaux qui structurent l’imaginaire social. Quelles structures narratives reconduisent le couple comme idéal indétrônable ? Dans quelle mesure d’autres récits intègrent-ils les perspectives féministes, queer et postcoloniales pour interroger la possibilité de « faire couple » autrement ? De quelle manière les récits contemporains investissent-ils des modèles alternatifs — polyamour, célibat choisi, amitiés structurantes — capables de décentrer la conjugalité ou de prioriser d’autres formes de liens affectifs et relationnels? Cette réflexion implique d’identifier les transformations nécessaires pour concilier amour, égalité et autonomie, et d’analyser les conditions qui permettraient au couple de devenir un espace non violent, particulièrement pour les femmes.
En explorant ces représentations plurielles du couple, ce colloque propose de lire les récits de l’intime comme des espaces de lutte où critique et réinvention s’articulent. Ouvrant une réflexion plus large sur les mutations des imaginaires amoureux, ces récits participent à la fois à la mise en lumière des impasses du modèle conjugal dominant et au façonnage de nouvelles formes relationnelles, où le consentement, le partage et la reconnaissance priment, conformément aux principes féministes.
Modalités de soumission
Les propositions de communication doivent être envoyées au plus tard le 16 mars 2026 à l’adresse colloqueCIRFF2026.lecouple@gmail.com.
Les propositions doivent contenir :
un titre
un résumé de 250 mots
une courte notice biographique
votre affiliation (si applicable)
vos coordonnées