Dans la culture de la première modernité, les hommes se fardent de discours qui instituent la virilité comme un idéal. Pour échapper au ratage de ce modèle, la notion de mollesse comme efféminement est brandie comme un repoussoir dans les écrits de philosophie morale, de médecine, de droit, de politique, de littérature et même d’éloquence. En suivant ce fil rouge, cette étude révèle l’existence inattendue d’une confrérie de masculinités efféminées, qui ne se réduit pas aux homosexuels : les impuissants, les lâches, les eunuques, les paresseux, les sédentaires, les ivrognes, les masturbateurs, les tyrans, les jeunes avides de nouveauté ou encore les amoureux passionnés… Autant de figures qui, loin de se soumettre, se détournent parfois de l’injonction virile, assouplissent un idéal dépassé ou laissent transparaître une mollesse originelle. Ces masculinités molles invitent ainsi à la découverte épistémique de soi et du monde. Par là même, elles suggèrent un dépassement critique des limites et des frontières pour expérimenter de nouvelles formes de vivre, à l’instar de Montaigne qui souhaite « vivre mollement ». Une plongée fascinante dans les marges de la virilité, où la mollesse masculine devient acte de résistance.