Littérature et créations artistiques au prisme du queer. Écritures, performances et résistances
Colloque international indisciplinaire
Maison des Sciences Humaines
Annie Ernaux 33 bd du port à Cergy CY Cergy Paris université
– UMR- Héritages : CNRS, Ministère de la culture – IUF
En 2003, l’éditorial du numéro 40 de la revue du Collège International de Philosophie Rue Descartes, intitulé « Queer : repenser les identités » et dirigé par Robert Harvey et Pascal Le Brun-Cordier, tentait de définir ce qu’était « la pensée queer ». Jugée disparate, elle pouvait cependant être identifiée par quelques-unes de ses idées forces : « une critique déconstructive de tous les essentialismes, des assignations identitaires normalisantes, des binarismes réducteurs (homo/hétéro, masculin/féminin) et de l’alignement génétique rigide sexe/genre/sexualité/identité ; une théorisation renouvelée des processus de subjectivation ; un intérêt pour toutes les dissidences et distorsions identitaires et pour l’invention de nouvelles configurations érotiques, sexuelles, relationnelles, de filiation, de savoir, de pouvoir… ; une volonté de queeriser les modes de pensée déterminés par un paradigme andro et hétéro-centré ; une relecture soupçonneuse de l’histoire littéraire, du cinéma, de la culture populaire ».
Vingt-deux ans plus tard, au tempo de la société, nombreux ont été les recherches et les colloques construits autour de ces idées forces, et cela dans toutes les disciplines. La critique queer trouble les structures binaires et invite à penser et à agir hors des cadres hétéro- et cis- normatifs. Elle prend en compte les « autres », celleux qui sont en dehors, et désintègre les formes discursives, faisant souvent fi des savoirs et pratiques disciplinaires. Cette reconnaissance des pensées queer dans l’élaboration de la critique et des pratiques artistiques et littéraires pose de façon aigüe la question de la méthodologie et des processus de création. A l’instar de Deleuze, qui refusant la méthode, affirmait, dans Qu’est-ce que la philosophie, que penser n’était pas reconnaître mais créer dans les intervalles, nous pouvons nous demander en quoi le queer est un outil épistémologique, une prise de risque intellectuelle qui permet d’aller vers l’inconnu, l’inédit, la déconstruction des représentations, l’originalité de la création et de ses déclinaisons.