La « Femmelette », figure d’une masculinité en crise ? Littérature, arts et effémination (1750-1950)
01 April 2026
Colloque, ENS, Lyon
« Votre Lucien est un homme de poésie et non un poète, il rêve et ne pense pas, il s’agite et ne crée pas. Enfin c’est, permettez-moi de le dire, une femmelette qui aime à paraître, le vice principal des Français ». Ces mots que tient Daniel d’Arthez, type de l’écrivain de génie, à propos de Lucien de Rubempré, journaliste raté, dans Illusions perdues (Balzac 1837-1843), résument à eux seuls l’imaginaire misogyne qu’incarne la « femmelette ». L’homme ainsi désigné ne pense pas mais il sent, il paraît mais il n’agit pas. Cette passivité caractéristique est des plus explicites sous la plume des lexicographes : si l’expression réfère péjorativement, au sens premier, à « une femme d’un esprit très simple et très borné » (Académie 1762), elle s’emploie figurément, à partir de la fin du XVIIIe siècle, pour railler « un homme faible, sans énergie » (ibid. 1835) ; un « homme, sans énergie, mou, efféminé […] qui a les goûts d’une petite maîtresse » (Larousse 1872) ; un « homme qui a des manières féminines. C’est une vraie femmelette, comment supportera-t-il les fatigues de la guerre s’il est appelé à l’armée ? » (Littré 1874). Aussi tous les dictionnaires du XIXe siècle s’accordent-ils sur une même définition du terme : pour un homme, être une « femmelette » c’est manquer à son intégrité physique et morale en obéissant aux codes (apparence, habitudes, caractère) qui régissent la conduite du sexe opposé. Plutôt qu’à un individu particulier – l’homme efféminé –, le mot renvoie donc à un système de « valence différentielle » (Héritier 1996) déterminant deux modes d’existence entre les hommes et les femmes. Incompréhensible indépendamment des représentations sexuées et sexistes qui président à son usage, la « femmelette » invite à plusieurs questionnements :
•Que dit-elle de l’idéologie de la différence et de la hiérarchie des sexes (et que fait-elle à ces représentations) dans un état de société donné ?
•Quel rôle la littérature, parmi d’autres formes artistiques (comme la danse, la musique ou la peinture), joue-t-elle dans la construction de cette figure ?
•Dans quelle mesure les catégories de genre, et la crainte d’une effémination du masculin, structurent-elles l’imaginaire de la création littéraire elle-même (comme Balzac semble l’exprimer au sujet de Lucien) ?
Modalités de soumission
Les propositions de communication, dont on appréciera l’ancrage théorique en études littéraires de genre, doivent compter plus ou moins 300 mots et inclure une notice bio-bibliographique (les jeunes chercheur·euses sont les bienvenu·es). Ces propositions sont à envoyer à camille.islert@ens-lyon.fr, nicolas.duriau@ens-lyon.fr et raphaelle.brin@ens-lyon.fr avant le 1er avril 2026 : une réponse sera communiquée aux éventuel·les participant·es le 8 avril au plus tard.