Hydroféminismes dans les arts et littératures
18 May 2026
Journée d’études organisée par le Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique (CELIS, UR 4280) de l’Université Clermont Auvergne dans le cadre du projet de recherches « Aquapoétique : les visages de l’eau dans les lettres et les sciences humaines », le vendredi 25 septembre 2026, à la Maison des Sciences humaines, Clermont-Ferrand.
Dans un contexte marqué par l’intensification des crises écologiques, climatiques et sociales, l’eau s’impose comme un objet critique central, à la fois matériel, politique, symbolique et esthétique, comme source d’inquiétude (inondations, disparition de la banquise, contaminations de l’eau douce) et élément vital, plus que jamais précieux, elle est tantôt stable (le permafrost, qui couvre encore 1/4 de l’hémisphère nord), tantôt fluide et éternellement mouvante. Océans, mers, fleuves, nappes phréatiques, glaces ou pluies ne se conçoivent pas seulement comme des décors ou des ressources, mais constituent aussi des milieux relationnels, traversés par des enjeux de pouvoir, de mémoire, de genre, de colonialité et de justice environnementale (par exemple « Como quien oye llover » de la mexicaine Andrea Chapela, ou Juste après la vague de Sandrine Colette, qui mettent en scène les stratégies humaines face aux catastrophes naturelles en lien avec l’eau).
Depuis les années 1970, les écoféminismes ont mis en évidence les liens structurels entre domination patriarcale, exploitation du vivant et destruction des milieux naturels, en critiquant les dualismes fondateurs de la modernité occidentale (nature/culture, homme/femme, humain/non-humain). Ces approches ont profondément renouvelé la critique littéraire, les pratiques artistiques et les humanités environnementales, en particulier à travers des récits et des formes esthétiques proposant des relations alternatives au vivant (D’Eaubonne, Gaard, Barad).
Plus récemment, le développement des humanités bleues (Blue Humanities, Mentz, 2018) a contribué à déplacer le regard vers les espaces aquatiques, en interrogeant les océans et les eaux comme espaces culturels, politiques et narratifs (Jue, Dobrin, Oppermann). Ce tournant « bleu » invite à repenser les cadres épistémologiques des humanités à partir de logiques fluides, immersives et relationnelles. L’élément liquide permet en effet également de penser (ou repenser) le féminin (allaitement, gestation, menstruation, etc.), de l’étendre au-delà des essentialismes biologiques et de fluidifier les genres (Winkiel, 2019, Moraña, 2022, Bauhardt, 2019) : Wittig définit par exemple le corps lesbien à travers ses fluidités politiques comme sexuelles : « la bave la salive la morve la sueur les larmes (…) l’urine (…) l’eau (…) les sécrétions (…) les sucs les acides les fluides les jus les coulées l’écume » (Wittig 1973). L’écoféminisme bleu permet ainsi de revaloriser les femmes et les personnes minorisées comme sujets politiques selon une conception horizontale et interspécifique des formes d’habiter le monde.
C’est dans ce croisement que s’inscrit l’hydroféminisme, notion émergente, introduite par Astrida Neimanis qui prolonge et reconfigure les écoféminismes en prenant l’eau comme figure conceptuelle et réalité matérielle centrale. Selon la philosophe, la « transcorporalité aquatique […] reme[t] en cause la vision du corps que nous avons héritée de la tradition métaphysique occidentale dominante. Liquide, notre expérience de nous-mêmes est moins solitaire, plus tourbillonnante, océanique. » Nourri par les matérialismes féministes, les pensées posthumaines et les écologies queers, l’écoféminisme bleu qui se veut interspécifique et transcorporel (c’est-à-dire, rhizomatique) propose de penser les littératures et les pratiques artistiques comme des « corps d’eau » (Neimanis), traversées par des circulations, des interdépendances et des temporalités non linéaires.
Modalités de soumission
Les propositions de communication de 300 mots environ, accompagnées d’une notice bio-bibliographique, sont à envoyer d’ici le 18 mai 2026 conjointement aux adresses suivantes : priscilla.wind@uca.fr ; lucie.lavergne@uca.fr ; rama.zid@doctorant.uca.fr ; oriane.chevalier@doctorant.uca.fr