Territoires délaissés et LGBTQI+
2026
Genre, sexualité & société, N° 35 | Printemps 2026
Depuis la seconde moitié du xxe siècle, dans les principaux contextes occidentaux, les territoires délaissés ont souvent été saisis comme des lieux de relégation sexuelle, supposément moins favorables à l’expression de soi, aux sociabilités, aux mobilisations et, plus largement, aux vies LGBTQI+ que les centralités métropolitaines (voir Eribon, 1999, 33-41). Pourtant, les dernières années ont donné à voir un mouvement inverse : loin d’être de simples arrière-scènes du fait minoritaire, ces espaces apparaissent aussi comme des lieux d’élaboration politique capables de déplacer les centres eux-mêmes. En France, l’émergence de mobilisations comme la Pride des banlieues, une marche des fiertés se déroulant dans la banlieue nord de Paris depuis 2019, en offre une illustration particulièrement nette. Comme souligné par l’historienne et politiste Ilana Eloit dans un entretien publié dans Le Monde le 18 juin 2022, ces initiatives ne traduisent pas un éclatement du mouvement LGBTQI+, mais bien son « enrichissement », en portant à l’avant-plan des revendications antiracistes, anti-assimilationnistes, ancrées dans des expériences minoritaires longtemps restées à la marge des organisations les plus institutionnalisées. Plus encore, elles contribuent, selon la chercheuse, à reconfigurer le centre militant lui-même : les mobilisations radicales et intersectionnelles sont désormais en mesure de « faire bouger le centre depuis les marges » (Slavicek et Eloit, 2022).
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