Rechercher

Des femmes et des fleurs ? Réinvestir les fleurs au prisme du genre, années 1840 – années 1930

avril 2026
Appels à contribution
Date limite :
18 mai 2026

Colloque organisé les 22 et 23 octobre 2026, à Montréal

Depuis quelques décennies, l’histoire sociale de l’art nous invite à reconsidérer l’omniprésence des fleurs non seulement dans les arts visuels, mais aussi, plus généralement, dans nos vies et dans nos sociétés. Les fleurs ont ainsi pu être examinées comme des marqueurs de classe sociale (Chansigaud 2014 ; Le Foll 2023) ou abordées en considérant les coûts environnementaux et coloniaux directs et indirects de leur production (Zinnenburg Caroll 2017 ; Blais 2023). Le rôle des femmes dans les sciences naturelles et la botanique a quant à lui été étudié, quoique plutôt pour des périodes antérieures. Pourtant, la place des fleurs ornementales, produites ou « sauvages », sous le prisme du genre, des études féministes et queer reste sous-étudiée. Ce colloque a donc pour ambition de préciserles rapports entretenus, imposés ou choisis, réels ou fictionnels, entre les femmes et les fleurs au cours de la période allant de la décennie 1840 aux années 1930, en France et en Grande-Bretagne, ainsi qu’au Canada et aux États-Unis, dans une perspective résolument interdisciplinaire, interrogeant autant la botanique ou l’art floral que la littérature ou les arts visuels.

[…]

Nous fixons comme trame l’exploration des processus allant de la culture, de la cueillette et de l’étude des fleurs vivantes jusqu’aux conditions de leur représentation par le biais de divers médiums, puis à la conservation et à l’exposition des objets qui les intègrent. Les contributions pourront ainsi porter sur des personnes (naturalistes, peintres, illustratrices, herboristes, jardinières, responsables de jardins ornementaux privés, colporteuses et marchandes ambulantes…), des objets (herbiers, tableaux, gravures, ouvrages de botanique, teintures…) et/ou sur leur survivance (expositions, enjeux de conservation, d’archivage, etc.). Nous encourageons les approchestransdisciplinaires et les formats d’intervention variés (communication individuelle ou à plusieurs voix, atelier, etc.). Nous invitons donc les chercheur·euses de toutes disciplines, botanistes, bibliothécaires, artistes visuel·les et conservateur·ices d’institutions muséales à explorer les différents contextes suivants, de façon non exhaustive :

Sciences de la nature et histoire des sciences : La place des femmes dans une botanique en voie de professionnalisation et de masculinisation est un angle d’étude riche. Différents enjeux en lien avec la présence des femmes dans les archives scientifiques peuvent être explicités, notamment leur invisibilisation, leur morcellement dans des fonds archivés sous le nom de botanistes masculins, ou les difficultés de recherche engendrées par les changements de nom des femmes après leur mariage. Des questions spécifiques à la période étudiée peuvent aussi servir de point d’ancrage, par exemple : comment a évolué l’accessibilité des femmes au travail de terrain pendant cette période ? Pourquoi certains domaines, comme l’illustration botanique, l’édition et la confection d’herbiers, étaient-ils plus perméables à la participation des femmes ? Les livres eux-mêmes, utilisés par des femmes pour presser des fleurs séchées, peuvent aussi être des objets d’étude. La pratique de pressage de fleurs entre les pages de livres peut aussi mener à des enjeux de conservation : doit-on préserver les spécimens séchés que l’on retrouve entre les pages de livres anciens dans les collections des bibliothèques ?

Arts visuels, études visuelles et histoire de l’art : Comment les femmes usent-elles d’agentivité dans la création d’œuvres d’art et/ou de jardins, dans un contexte où leurs représentations sont liées à celles des fleurs ?Comment s’emparent-elles d’un genre, la nature morte florale, qui était considéré comme leur étant « naturellement » attaché ? Comment usent-elles d’agentivité alors même que l’association femme-fleur semblait les cantonner à la passivité du modèle ? La pratique de la peinture de fleurs est-elle vécue comme une contrainteou peut-être elle une porte d’entrée pour faire sa place dans le monde de l’art ? Quelle est la place des fleurs dans le travail de femmes artistes issues de nations autochtones ?

Littérature : Quelles formes littéraires peuvent être investies par les autrices pour faire intervenir les fleurs dans leurs écrits ? Comment la relation entre les femmes et les fleurs est-elle abordée par les autrices ? Les associations sémantiques entre femmes et fleurs peuvent-elles être réappropriées et détournées par les autrices pour leur donner un nouveau sens ?

Contexte colonial : Existe-t-il des associations entre femmes et fleurs dans les traditions de différentes nations autochtones ? La place des femmes dans la botanique coloniale, utilisée à la fois comme véhicule idéologique et physique (par le biais de l’importation de spécimens « exotiques »), mérite d’être discutée. Par exemple, quel est le rapport des femmes botanistes colonisatrices aux savoirs autochtones dans leurs ouvrages ? Quel rôle ont joué les colonisatrices canadiennes et états-uniennes dans l’exportation de fleurs américaines vers l’Europe et, inversement, d’espèces européennes vers l’Amérique ? Comment les femmes des nations autochtones utilisent-elles et transmettent-elles les savoirs botaniques ancestraux ?

Ce colloque est organisé dans le cadre du projet de recherche GATES (Grenoble ATtractiveness and ExcellenceS) « FLOWER – Floral Legacies: Observing Women’s Eco-artistic Representations » de l’Université Grenoble Alpes.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (sous la forme d’un résumé de 300 mots et d’une biobibliographie, en français ou en anglais pour une communication de 20 minutes) sont à envoyer avant le 18 mai 2026 à l’adresse suivante :flower.projetgates@gmail.com, en mettant en copie noemie.cadieux@umontreal.ca et alienor.bautruvalois@univ-grenoble-alpes.fr