Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et les autres. . . : le genre dans le discours de presse durant la campagne présidentielle de 2007

Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication - Université Jean Jaurès Toulouse 2
Par Aurélie OLIVESI
Sous la direction de Marlène Coulomb-Gully
Année de soutenance 2010

Publication

Implicitement sexiste ? : genre, politique et discours journalistique
Editeur : Les Presses du Midi (PUM)
Année : 2012

Résumé

Français Anglais
Cette thèse étudie le rôle joué par le genre des candidats à l’élection présidentielle de 2007 dans leur représentation médiatique. Il s’agit, à partir d’une analyse du discours de la presse nationale d’information générale (20 minutes, Aujourd’hui en France, La Croix, L’Express, Le Figaro, l’Humanité, Libération, Marianne, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Le Point) durant la période de la campagne officielle (du 9 avril au 6 mai 2007) d’expliciter le paradoxe de la représentation du genre des candidats : alors que cette caractéristique occupe une place essentielle dans la construction de leur image, elle est largement éludée dans le compte rendu journalistique de la campagne. Notre hypothèse est que le discours journalistique, neutre d’un point de vue explicite, rejette en réalité la représentation du genre en politique à ses marges. À travers une analyse fondée sur les divers degrés d’implication énonciative du locuteur journaliste, on constate en premier lieu que l’étude des stéréotypes de genre traditionnellement employés pour désigner les femmes politiques, ne permettait pas de rendre compte de la représentation de Ségolène Royal, première candidate d’un parti de gouvernement en position d’éligibilité. En second lieu, on observe comment, dans les genres journalistiques où le discours est en apparence neutre (les portraits, les comptes rendus du débat télévisé et les éditoriaux), la dichotomie de genre demeure présente marginalement. C’est dans cette perspective que nous analysons dans une dernière partie le phénomène de délégation de parole, par lequel les journalistes placent dans les propos des « vraies gens » une caractérisation du genre où l’identité féminine est vue comme un repoussoir du pouvoir présidentiel – pouvoir qui s’incarne, au contraire, dans des caractéristiques associées à la masculinité. Par le biais de ce désengagement énonciatif, les journalistes peuvent mettre en œuvre une représentation du genre nécessaire à la compréhension des enjeux de la campagne, tout en la rejetant dans un discours doxique présenté comme illégitime, mais néanmoins cité.
This thesis analyzes the role that gender played in the media’s representation of French presidential candidates during the 2007 elections. It proposes a review of the mainstream national press (Le Monde, Le Figaro, Libération, Aujourd’hui en France, La Croix, l’Humanité, 20 minutes, Le Nouvel Observateur, Le Point, L’Express, Marianne) during the official campaign (from 9 April to 6 May) using discourse analysis to explain the paradoxical representation of the candidates’ gender: despite the fact that gender was central to the construction of the candidates’ image, the media’s coverage of the campaign largely sidestepped the issue. Our hypothesis is that the journalistic discourse is on the surface neutral but in fact relocates the representation of gender to its margins. Through an analysis based on the varying levels of enunciative involvement in journalistic discourse, we observed, in the first place, that the traditional analysis of gender stereotypes used to describe female politicians cannot account for the representations of Ségolène Royale, the first female presidential candidate from a mainstream party with a plausible chance of being elected. Second, we observed that in journalistic genres where the discourse is apparently neutral (portraits, summaries of televised debates, and editorials), the gender dichotomy is present but marginalized. Finally, in studying this marginalized presence of gendered language, we discerned a phenomenon of distancing through reported speech, in which journalists attribute to “real people” gender characterizations according to which female identity is seen as a foil to presidential power, a power characterized rather by traits associated with masculinity. Through this enunciative distancing, journalists can employ gender representations indirectly to explain the stakes of the campaign -- dismissing them as fallacious elements of public opinion but citing them nonetheless.
Mots clés
médias , politique , presse