Penser les injustices de genre. Approche par les violences sexuelles

Thèse de doctorat en Philosophie - Université Paris-Sorbonne
Par Marie-Pauline CHARTRON
Sous la direction de Alain Renaut
Année de soutenance 2018

Résumé

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Comment rendre intelligibles les injustices de genre dans toute leur extension ? Cette démarche de philosophie politique appliquée conduit à en tenter l’approche par les violences sexuelles comprises comme extrémisation de ces injustices. Dans une première partie, les limites de l’apport des théories de la justice sont mises en lumière à travers le féminisme libéral complexe de Susan Okin, qui centre sur les injustices de genre dans le travail et dans la famille. L’examen des évolutions de son questionnement y fait apparaître l’intuition de certaines exigences pour penser les violences sexuelles comme injustices, laissées par elle inexplorées. La deuxième partie, centrée sur des études contextuelles, est consacrée à des phénoménalisations de ces violences dans la société contemporaine. À partir de la théorisation du genre par Catherine MacKinnon comme domination sexualisée, et à l’aide des données fournies par des travaux d’anthropologie, se trouvent investiguées les violences hétérosexuelles entre adultes et les violences sexuelles intrafamiliales. De ce moment d’expérimentation la domination genrée ressort comme fonction dynamique des violences sexuelles. Une ultime étape explore des remédiations. Deux pratiques collectives de réparation et de prévention ouvrent sur une éthique féministe de la reconstruction dont la portée politique fait surgir les violences comme injustices structurelles. Des travaux d’Iris M. Young sont dégagées les exigences d’une prise en charge sociale de telles injustices. Le geste est amorcé enfin d’une reconstruction normative traçant les contours d’une justice non seulement distributive et réparatrice, mais aussi transformative.
How can one think of gender injustice in all its extension ? This research in applied political philosophy seeks to shed light on this problem by focusing on sexual violence as a social and structural phenomenon.In a first part, the limits of « theory of justice approach » are highlighted through an examination of one of its fullest attempts regarding gender, that is Susan Okin’s feminist liberalism. Evolutions in her works allow me to bring out some intuitions regarding the political implications of what would be an account of sexual violence taken as social injustice, yet such intuitions remained unexplored. Taking these limits seriously, the second part of this research sets to examine sexual violence as phenomenonalized in contemporary society. With MacKinnon’s theory of gender as sexualised domination as a critical background given by Okin herself for my investigation, I tackle heterosexual violence between adults as well as intrafamilial sexual violence. This experimental gesture leads me to elaborate gendered domination as a dynamic function of sexual violence. A last moment explores the remedies implied by such comprehension. Two forms of collective and feminist praxis as reparative and preventive, are analysed so as to bring out the normative foundations of what appears as a feminist ethics of reconstruction. Its political dimension leads to an apprehension of sexual violence as structural injustice. Iris Young’s work is discussed in the respect, so as to highlight the conditions of a full apprehension of sexual violence as injustice. A normative reconstruction that leads to envisage justice not only as distributive or reparative, but also as transformative.