On ne naît pas photographe, on le devient. Contribution à une histoire sociale et genrée des formations artistiques et techniques en France (1945-1982)

Thèse de doctorat en Sciences de l’éducation - Université de Paris
Par Véra LÉON
Sous la direction de Rebecca Rogers
et la co-direction de Christian Joschke
Année de soutenance 2020

Résumé

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Au carrefour des sciences de l’éducation, de l’histoire sociale et genrée, et de l’histoire de la photographie, cette thèse déploie une perspective inédite sur les discours et les pratiques en jeu dans la formation des photographes, de la nationalisation de l’École technique de photographie (l’actuelle École Louis Lumière) à la création de l’école d’Arles. S’appuyant sur une variété d’archives et d’imprimés, de sources orales et visuelles, articulant diverses échelles d’analyse, elle offre un panorama de l’apprentissage et des écoles formant à la photographie, ainsi que des métiers du secteur. Elle interroge les enjeux des formations artistiques et techniques au moment de la massification du système d’enseignement secondaire et supérieur. La première partie de la thèse décrit les raisons pour lesquelles de nombreux acteurs syndicaux, politiques et transnationaux soutiennent la scolarisation et l’apprentissage formalisé plutôt que l’autodidaxie. À travers l’analyse croisée de leurs discours, elle interroge les motivations idéologiques et les ressorts institutionnels en cause. Elle révèle leurs stratégies face à l’essor de la pratique amateur, mais aussi leurs paradoxes, qui favorisent l’émergence d’un marché éducatif privé. La deuxième partie retrace l’importance croissante des diplômes et formations consacrées, et la reconfiguration associée de l’élitisme au sein du métier. Elle met en évidence le genre et la classe sociale comme des clés dans ce processus, aiguisant les hiérarchies entre diplômés et autodidactes, entre écoles et disciplines d’enseignement, et entre secteurs d’exercice. Elle étudie également les contradictions pédagogiques et politiques au cœur du processus d’orientation professionnelle, freinant l’accès des femmes à certains cursus et professions comme en témoigne la masculinisation des effectifs diplômés à l’École nationale. La dernière partie dépeint les expériences des jeunes photographes face à ces normes scolaires, professionnelles et genrées. Elle explore les paroles et les images par lesquelles ils et elles expriment résistances, ambivalences et critiques vis-à-vis de l’institution scolaire et des hiérarchies internes au système photographique.