(Mé)genrer les gen(re)s dérangeants. De l’hétérocisnormativité de la bicatégorisation masculin / féminin en français

Thèse de doctorat en Sciences du langage - Université Paris Descartes
Par Alice COUTANT
Sous la direction de Valérie Brunetière
et la co-direction de Véronique Perry
Année de soutenance 2019

Résumé

Français Anglais
Articulant héritages constructiviste et matérialiste, cette recherche appréhende le genre dit « grammatical » comme le versant linguistique du système de genre, entendu au sens butlerien comme système hétéronormatif prescrivant l’adéquation des identités de sexe (mâle ou femelle) et de genre (homme ou femme) et l’hétérosexualité comme norme, sinon comme règle. Prenant dans le sillage de la linguistique queer le parti d’une interdisciplinarité permettant d’étudier la (dé)construction des normes en langue et en discours, ce travail mobilise les outils de la lexicologie, de la morphosyntaxe et de l’analyse du discours pour interroger la catégorisation linguistique des personnes dérogeant à cette équation et identifier comment les discours s’articulent à ce système, le décrivent et l’investissent de sens. S’appuyant sur un double corpus lexicographique et discursif numérique, les analyses des dénominations de la personne, des pratiques de catégorisation et des métadiscours qui les explicitent mettent en lumière le caractère oppressif non seulement du classement opéré par la langue, mais de sa mobilisation par les locuteur·ice·s. Elles soulignent en particulier le caractère coercitif des pratiques de mégenrage, « inversion de genre » visant à révéler ou corriger une inadéquation à la norme, et leur articulation aux discours constituants. Elles explorent enfin les aménagements du cadre et de ses règles mis en œuvre par les locuteur·ice·s dans une optique émancipatrice d’appropriation ou d’affranchissement de ces catégories.