Les suicides d’appelés dans l’armée de terre grecque : étude d’un fait social au prisme des institutions totalitaires et de l’ordre sexué

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Angeliki DRONGITI
Sous la direction de Anne-Marie Devreux
Année de soutenance 2019

Résumé

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Le service militaire d’une durée de 9 mois constitue une obligation légale pour les jeunes hommes grecs. Cette conscription constitue une étape incontournable dans la vie sociale des grecs : après la libération de l’armée, les jeunes sont considérés comme des hommes socialement validés, comme adultes indépendants, prêts à trouver un emploi stable et à fonder une famille. Toutefois, il s’avère qu’un nombre important de conscrits mettent fin à leurs jours durant le service. Cette thèse étudie ce phénomène tabou qui relève d’un paradoxe : comment une institution qui prétend fabriquer les « vrais » hommes et les préparer à la vie civile peut-elle provoquer des comportements suicidaires ? Par le choix (et la nécessité) d’une méthodologie plurielle, une mosaïque de données complémentaires les unes des autres permet d’analyser ce phénomène : entretiens semi-directifs de conscrits, parmi lesquels des appelés ayant fait une tentative de suicide, d’officiers et de sous-officiers de carrière qui ont vécu le suicide d’un appelé, de parents dont le fils s’est suicidé durant son service militaire, de psychiatres militaires, de militants et de journalistes ; analyses des statistiques disponibles sur le suicide et venant de sources multiples ; analyse de contenu d’articles de presse et d’archives militaires ; enfin, observation participante réalisée au cours d’un stage de trois mois dans l’un des trois hôpitaux militaires du pays. Inspirée par l’approche durkheimienne étudiant le suicide comme un fait social, l’analyse s’appuie sur la théorie des rapports sociaux de sexe et sur le concept goffmanien d’institution totalitaire. Cette thèse se situe ainsi au croisement d’une sociologie du suicide, d’une sociologie de l’armée et d’une sociologie du genre pour éclairer à la fois les causes du suicide dans l’armée et le traitement social qui en est fait par l’institution.