Les métiers de la viande et des fleurs. Ethnographier le genre au travail

Thèse de doctorat en Sociologie - EHESS
Par Isabelle ZINN
Sous la direction de Daniel Cefaï
et la co-direction de Nicky Le Feuvre
Année de soutenance 2017

Résumé

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Située au croisement de la sociologie du genre et de la sociologie des groupes professionnels, cette thèse vise à explorer quand et comment le genre devient un élément constitutif de l’organisation du travail dans les métiers de la viande et des fleurs. À partir d’une enquête ethnographique qui prête une attention particulière à l’agencement phénoménal des activités, elle s’attache à rendre compte de la manière dont les appartenances sexuées sont actualisées dans le cours des interactions professionnelles. Elle montre que les membres d’un groupe professionnel statistiquement sexué ne mobilisent pas toujours le genre de la même manière et ne l’investissent pas forcément d’une même signification opératoire. Il ne s’agit donc pas de supposer d’emblée une pertinence constante de l’appartenance sexuée, même dans des contextes professionnels marqués par des asymétries profondes de ce point de vue. Il convient plutôt de reconnaître que la mise en pratique du genre est susceptible de se décliner de façons différentes selon les contextes d’interaction. En insistant sur les effets de situation dans la manière dont les individus «font du genre» ({do gender}), cette thèse apporte une contribution originale à l’analyse des processus de (dé-)sexuation des activités professionnelles. Enfin, en s’intéressant à leur organisation et aux épreuves que les professionnel·le·s traversent, cette thèse propose une lecture sociologique de deux métiers qui demeurent encore peu ou pas étudiés
Located at the intersection of the gender studies and the sociology of occupational groups, this thesis aims to explore when and how gender becomes a constituent part of workplace activities for two contrasting occupational groups: butchers and florists. Based on ethnographic fieldwork that focuses on the phenomenal organization of activities, it seeks to account for the ways in which gender becomes relevant to these professionals and their clients in the course of occupational interactions. It shows that the members of a statistically gender segregated occupation don’t always mobilize gender in the same way and don’t necessarily invest it with the same operative meaning. Therefore, even in contexts marked by profound gender asymmetries, it is important not to assume a constant relevance of gender and sex categories. Rather, it should be recognized that the gendered practices are likely to be quite specific to the occupational context under study. By focusing on the effects of the situation on the ways in which individuals “do gender”, this thesis makes an original contribution to the analysis of the processes of (de-)gendering professional activities. Finally, by studying the organization and professional experiences of butchers and florists, this thesis enhances our sociological reading of two occupations that have been little studied to date.