Les femmes condamnées à mort en France à la Libération pour faits de collaboration

Thèse de doctorat en Histoire - Université Rennes 2
Par Fabien LOSTEC
Sous la direction de Marc BRUGERE
Année de soutenance 2020

Résumé

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Des femmes épurées en France à la Libération, la mémoire collective ne semble retenir que l’image des tondues. Or, il existe incontestablement un « moment 1945 » dans le rapport des femmes à la justice. En effet, alors qu’elles représentent traditionnellement 10 % de la population jugée au pénal, elles comptent pour 25 % de la population jugée pour faits de collaboration. Mais ce « moment 1945 » se vérifie-t-il dans le rapport que les femmes entretiennent avec la peine de mort, une peine qui les concerne de façon marginale depuis la fin du XIXe siècle ? C’est à cette question que ce travail, organisé autour de trois grands axes, entend répondre. Après une introduction qui s’attache notamment à présenter les contours d’un corpus inédit, une première partie explore l’archipel judiciaire épuratoire. Cette analyse permet non seulement de tracer la frontière entre juridictions extralégales et juridictions légales mais aussi de mieux connaître les procédures suivies à l’encontre des accusées. Une seconde partie explore les différents types de collaboration. Tout en revisitant la figure de la délatrice comme stéréotype de la collaboration au féminin, elle étudie également le monde du collaborationnisme, longtemps considéré comme uniquement masculin car il suppose une forme d’engagement au service de l’ennemi. Après avoir dressé le portrait de groupe des condamnées, la dernière partie examine la façon dont celles-ci vivent leur épuration, que ce soit lors d’une éventuelle fuite, du procès ou de l’exécution de leur peine. Ainsi, cette thèse apporte à trois grandes historiographies : celle des femmes et du genre, celle de la justice et celle de la collaboration.
When trying to think of French women having been purged during the Liberation, our collective memory can only remember the women who had been shaved. Yet there is without a single doubt a « 1945 time » in the relationship that women have with our legal system. Indeed, while they usually represent 10 % of the people judged in criminal courts, they represent 25 % of the people judged for collaboration. But is it relevant to talk about a « 1945 Time » in the relationship that women have with death penalty, especially since few women have been sentenced to death since the late 19th century ? This work is divided in three parts and shall try and find the answer to this question. After an introduction which will present a hitherto unseen corpus, the first part of this work shall examine the purging judiciary archipelago. This analysis will not only draw a boundary between extralegal jurisdiction and legal jurisdiction, but it will also help us know better the charges held against the accused women. A second part will investigate the various types of collaboration. While taking another look at the female informer as a stereotype of the female collaboration, it will also study the world of the collaborationists, considered for long as a man’s world because collaborating implies a form of dedication towards the enemy. Once it has drawn the group portrait of the convicted women, the last part of this work will focus on the way these women deal with their being purged, through their potential escape, through the trial or through the execution of their sentence.This is how this thesis will make its contribution to three great historiographies : the women and the gender’s one, the justice’s one, and the collaboration’s one.