Le travail féministe. Enquête sur la professionnalisation du militantisme féministe au Planning familial

Thèse de doctorat en Science politique - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Alice ROMERIO
Sous la direction de Violaine Roussel
et la co-direction de Catherine Achin
Année de soutenance 2019

Résumé

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La thèse porte sur le travail féministe au Planning familial, c’est à dire sur les modalités et les enjeux de la professionnalisation d’une association historique et centrale au sein de l’espace de la cause des femmes, qui participe à la mise en œuvre de politiques publiques dans les domaines de la sexualité et de l’égalité femmes-hommes. Située au croisement de la sociologie de l’engagement, du travail et des professions, et de l’action publique, la thèse s’emploie à démontrer, en prenant le contrepied d’une hypothèse répandue, que les processus d’institutionnalisation et de professionnalisation d’une organisation militante peuvent conduire, dans certaines conditions, à des dynamiques de politisation. A partir d’une enquête sociohistorique, d’une enquête ethnographique multi-située et d’une enquête par questionnaire, cette thèse analyse les processus de politisation du travail et les politisations au travail, et étudie les relations entre État et organisations militantes au-delà de l’opposition entre intégration et conflictualité. La professionnalisation peut d’abord constituer une stratégie politique et le recours au salariat se révèle sous certaines conditions une ressource politique nécessaire au maintien et au développement de forces militantes. La thèse montre ensuite que les processus de politisation individuelle produits dans les organisations militantes dépendent des modalités de professionnalisation développées à l’échelle locale et des (dis)positions sociales des travailleuses féministes. Enfin, la thèse révèle que l’institutionnalisation du Planning familial constitue un processus non linéaire et analyse les réceptions singulières et hybrides de politiques publiques au cours de leur mise en œuvre. La thèse saisit ainsi le féminisme d’État « par le bas » en étudiant ce que les politiques publiques en direction des femmes font aux associations féministes qui participent à leur mise en œuvre et ce que, réciproquement, les associations féministes font aux politiques publiques, c’est-à-dire comment ces dernières sont appropriées et traduites dans les activités de l’association.