Le Nigéria en mouvement(s) : la place des mouvements féminins et féministes dans les luttes sociopolitiques nationales (1940-1990)

Thèse de doctorat en Histoire - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Par Sara PANATA
Sous la direction de Anne HUGON
Année de soutenance 2020

Résumé

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Le Nigéria en mouvement(s), revient sur le parcours de onze mouvements féminins et féministes nigérians au fil d’un demi-siècle d’action socio-politique, et tend ainsi un autre miroir à l’histoire du pays. Cette étude commence en 1944, alors que le pays est une colonie britannique, avec l’avènement d’une forme organisationnelle particulière : les mouvements de femmes nationaux et autonomes vis-à-vis des institutions et d’autres acteurs politiques. De manière singulière par rapport à d’autres pays, ce pôle associatif indépendant est l’acteur privilégié pour les questions socio-politiques liées aux femmes sur cinquante ans d’histoire. L’étude se penche sur la place que ces mouvements ont envisagé de dessiner pour les femmes au sein de la nation (coloniale puis indépendante), sur les droits qu’ils ont réclamés, et sur les chemins collectifs empruntés pour les obtenir. Hétéroclites et représentant une gamme très large d’orientations intellectuelles, ces onze mouvements se rapprochent par leur engagement contre l’infériorisation des femmes dans la société et par une volonté de parler pour toutes les Nigérianes (ou pour un large sous-ensemble à base religieuse). Au travers d’archives privées et militantes inédites, de documents coloniaux, d’histoires de vie, cette thèse montre le rôle primaire joué par ces mouvements dans la définition des citoyennetés nigérianes et invite à réexaminer la manière dont ils ont cherché à dépasser les fractures internes pour penser le pays en tant qu’ensemble unitaire. Suivant les parcours biographiques militants, ce travail amène également à considérer l’internationalisation de ces mouvements et son impact sur les mobilisations internes. À la croisée entre histoire africaine, études de genre et sociologie des mouvements sociaux, cette thèse plaide pour la révision d’une approche centrée sur les grands événements et acteurs historiques, souvent privilégiés dans l’étude des mobilisations féminines en Afrique, tels que les mouvements nationalistes pour l’indépendance ou les moments de démocratisation. Une nouvelle périodisation est ainsi proposée : les mobilisations sont envisagées comme un continuum fluctuant comprenant des phases ascendantes et descendantes, ce qui permet d’en restituer les nuances, de retracer des trajectoires intellectuelles sur la longue durée, et de comprendre les mécanismes de transmission. Ainsi, l’étude de ces mouvements dans leur continuité, en échappant à un regard téléologique qui se concentre sur les changements socio-politiques majeurs, révèle des actrices, des mobilisations, et des modes d’action occultés par l’historiographie. Cette histoire s’achève en 1994, quand cette forme organisationnelle s’essouffle, non sans avoir entre temps fait bouger les lignes de l’histoire socio-politique du pays.
Nigeria Marches On examines the journey of eleven feminist and women’s movements in Nigeria over half a century of socio-political action, thus reflecting the country’s history from a different point of view. The study begins in 1944, under British colonial rule, with the advent of a particular organisational model: national women’s movements that were autonomous from government institutions and other political actors. Departing from the situation in other countries, this independent organisational hub became the preferred intermediary in dealing with women-related socio-political issues over fifty years of history. The study analyses the positions that these movements have contemplated for women within the colonial and later independent nation, the rights they have demanded, and the collective paths they have taken to obtain them. Heterogeneous and representing a very wide range of ideological orientations, these eleven movements find common ground in their commitment against the relegation of women to an inferior social position and in a desire to speak out for all women (or in rare cases all Christian or Muslim women) in the country. Through unexploited personal papers and organisational records, institutional archives, colonial documents, and life histories, this dissertation highlights the primary role played by these movements in defining Nigerian citizenship and argues for a re-examination of how they sought to overcome divisions within the country to conceive of Nigeria as a unitary whole. Following the biographical paths of women activists, this study also considers the internationalisation of these movements and its impact on activism at home. At the crossroads of African history, gender studies and sociology of social movements, this thesis demonstrates the importance of moving away from an approach centered on the major historical events and actors often used to frame the study of women’s mobilisations in Africa, such as nationalist struggles for independence or democratisation periods. A new periodisation is suggested instead: the mobilisations at hand are envisaged as a fluctuating continuum comprising of ascending and descending phases, which makes it possible to retrieve nuances, to track intellectual trajectories over a long period of time, and to understand how legacies were passed on. Thus, by avoiding a teleological gaze that focuses on major socio-political changes, this study reveals stakeholders, mobilisations, and modes of action usually obscured by historiography. This history ends in 1994, when this organisational model loses its momentum, having however moved the needle on national socio-political issues in the interval.