Le genre de la « question rom ». Migrantes roumaines en France, de la vulnérabilité sociale à la constitution de sujets politiques

Thèse de doctorat en Science politique - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Anne-Cécile CASEAU
Sous la direction de Eric FASSIN
Année de soutenance 2020

Résumé

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Cette thèse porte sur les expériences genrées de la mobilité précaire chez des femmes roms qui migrent de la Roumanie vers la France. Ce travail s’appuie sur une enquête ethnographique menée pendant neuf mois dans deux bidonvilles de la Seine-Saint-Denis, ainsi que sur des enquêtes au sein de deux associations (accompagnement social et programme de service civique pour les jeunes habitant·es de bidonvilles et squats). Des entretiens formels et informels, notamment avec des militant·es roms et pro-Roms en France et en Roumanie, viennent compléter ces enquêtes, de même qu’un ensemble d’observations d’événements militants et associatifs auxquels les Roms vivant en Ile-de-France sont convié·es. L’enquête le montre, dans un contexte de stigmatisation et de précarité, les femmes roms endossent de nouveaux rôles ; la division sexuée des tâches est bousculée par la migration, qui remet en question l’organisation au sein des familles et des couples. Paradoxalement, la catégorie de vulnérabilité qui peut leur être appliquée dans les politiques publiques de « tri » renforce leur capacité d’agir et contribue à leur subjectivation politique. Tout en proposant une analyse des politiques de (non)-accueil qui conduisent à des expulsions, et produisent une vulnérabilité qui est inégalement distribuée et reconnue, cette thèse conteste ainsi l’incompatibilité présumée entre politique et vulnérabilité, en s’appuyant sur les combats du quotidien dans les bidonvilles et les espaces de représentation où prennent place les femmes. La thèse contribue à une meilleure compréhension de « ce que cela fait d’être un problème » (W.E.B Du Bois, 1903), à partir du point de vue de celles dont la parole reste encore peu audible, et qui pourtant cherchent à ouvrir la voix.
This thesis focuses on the gendered experiences of precarious mobility, apprehended through the migration of Roma women from Romania to France. It is based on a nine-month ethnography conducted in two bidonvilles of Seine-Saint-Denis, as well as on other studies in two associations (one for administrative support and one organizing a civil service program for young bidonvilles and squat inhabitants). To complement this fieldwork, this thesis also makes use of a number of formal and informal interviews, in particular with Roma and pro-Roma militants in France and in Romania, and of a collection of observations relating to associative and militant events which Roma living in Ile-de-France were invited to attend. The thesis shows that in a context of stigma and precariousness, Roma women take up new roles. The gendered division of tasks is upended by migration which calls into question the structures that uphold families and couples. Paradoxically, being classified as vulnerable by public policies that sort and select actually reinforces their agency, and contributes to their political subjectivation. This work proposes an analysis of the politics of (in)hospitality that lead to expulsions and that produce unequally distributed and unevenly recognized vulnerability. It also contests the presumed incompatibility between politics and vulnerability, based on the daily struggles in bidonvilles and the spaces that women occupy in order to represent themselves. In doing so, this thesis contributes to an improved understanding of “how it feels to be a problem” (W.E.B Du Bois, 1903) from the perspective of those whose voices are still barely audible, and yet who seek to be heard.