Le corps féminin à l’agenda de la transition tunisienne : de la lutte féministe à la colonialité du genre. La construction des problèmes publics autour du corps de la femme à partir de trois cas d’étude

Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication - Université de Liège (Belgique)
Par Marta LUCENO MORENO
Sous la direction de Geoffrey Geuens
et la co-direction de Mohamed Nachi
Année de soutenance 2018

Résumé

Français Anglais
Le corps de la femme est un champ fertile, un champ où se jouent des batailles idéologiques, des querelles politiques et des luttes de pouvoir. Dès les premiers mois de la transition tunisienne, la question de la condition féminine s’est inscrite au cœur des débats publics sur la refonte de la nouvelle Tunisie, et ce souvent à travers la problématique du corps de la femme. Ce travail de recherche étudie l’impulsion de la mise à l’agenda de la question féminine à travers trois corps : le corps voilé des munaqabas de la Manouba qui revendiquent la liberté d’habillement ; le corps outragé de Meriem Ben Mohamed, violée par deux policiers puis traînée en justice pour atteinte aux mœurs ; et enfin le corps exhibé d’Amina – emprisonnée pour atteinte au sacré – qui arborait ses seins nus sur lesquels étaient écrites des revendications féministes. Á partir de ces trois cas d’étude, nous avons constaté que la corporalité féminine agit comme un catalyseur pour la construction des problèmes publics dans un contexte transitionnel et postcolonial, compris comme une forme précise de fenêtre d’opportunité politique au sens de Kingdon. Ce contexte est traversé par la bipolarisation politico-sociale du pays – entre islamistes et progressistes – et par l’influence du néocolonialisme, plus précisément à travers la colonialité du pouvoir, du genre et des médias.
The woman’s body offers a breeding ground for ideological battles, political quarrel and power struggle. Since the early days of the transition in Tunisia, women condition was put at the heart of the public debate dealing with the remodelling of the country, often through women body issues. This research work analyses the process of social construction of problems and how women issues are put on the agenda, following three different bodies: the veiled body of munaqabas, from Manouba University, who vindicate the right to clothing; the outraged body of Meriem Ben Mohamed, raped by two policemen, who faces legal actions for outraging public decency; lastly the exhibited body of Amina – confined for abusing the sanctity of cemetery – who bared her breasts with feminists claims. On the basis of these three case studies, the research notes that feminine corporeality operates like a catalyst for the construction of public problems in postcolonial and transitional context, narrowly understood like a window political opportunity. This context goes through a political and social bipolarization – between islamists and progressives’ policies – and under the influence of neocolonialism, more specifically the coloniality of power, gender and media.
Mots clés
colonialité , FEMEN , niqab , Tunisie , viol