Le corps dans les journaux de femmes aux Etats-Unis : 1830-1870

Thèse de doctorat en Etudes anglophones - Aix-Marseille Université
Par Claire SORIN
Sous la direction de Hélène Christol
Année de soutenance 2001
Très honorable avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
Fondée sur l'analyse de seize journaux écrits par des Américaines "ordinaires" entre 1830 et 1870, cette étude se propose de mettre au jour les interactions entre l'expérience individuelle et l'idéologie de la "vraie féminité" qui plaçait les femmes au centre du culte de la domesticité. La lecture des textes se concentre sur le corps qui occupait une position ambivalente dans la représentation de soi : à la fois source de honte et emblème de vertu, objet d'études médicales soulignant ses mystères et de discours religieux exaltant sa nature angélique, le corps féminin idéal se devait en effet d'être asexué mais fécond, pur mais nourricier, complexe mais contrôlé. Parallèlement à la prolifération de discours définissant la féminité à cette époque, on constate chez les femmes une tendance croissante à pratiquer l'écriture de soi, essentiellement par le biais du journal qui était un instrument de socialisation et un outil d'expression personnelle. Il se dessine dans ces textes du quotidien un archétype du corps autobiographique destiné à répondre aux impératifs de la culture et aux spécificités de l'expérience : la sexualité et la grossesse, en particulier, sont escamotées ou codées afin de garantir la respectabilité des journaux. A l'inverse, on trouve un langage du corps malade qui permet aux diaristes d'affirmer une certaine féminité et de décrire indirectement les phénomènes non dicibles. En exploitant ou en rejetant la fragilité présumée du corps féminin, les diaristes produisent aussi un discours subversif. Le fait que le corps autobiographique fasse l'objet de découpages et de censure indique que les femmes ne disposaient pas des mots aptes à décrire certains pans de l'expérience et surtout qu'elles ne considéraient pas leur journal comme un espace purement intime. Ceci posa la question du statut de ces textes qui, tendant à une certaine exemplarité, s'apparentent souvent à des œuvres autobiographiques destinées à pérenniser leur auteur. Pour être modestes et parfois commencés au nom des autres, ces journaux offrent un espace de liberté propice à une quête identitaire et à un discours qui allie conformisme et subversion, résistance et renoncement, désir d'appartenance et revendication de la différence.
Representation of the body in american women's diaries, 1830-1870