La Savante des Lumières françaises, histoire d’une persona : pratiques, représentations, espaces et réseaux

Thèse de doctorat en Histoire des sciences - EHESS
Par Isabelle LÉMONON
Sous la direction de Jeanne Peiffer
Année de soutenance 2019

Résumé

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Ce travail de recherche fait dialoguer histoire des femmes et histoire des sciences sur les rôles des femmes dans les sciences des Lumières françaises (1715-1815). L'objectif visé est d'identifier les modes d’action des femmes du XVIIIe siècle et de cerner les savoirs maîtrisés et les savoirs produits, tout en analysant les dynamiques des réseaux de circulation de ces savoirs. Afin de ne pas enfermer ces femmes dans des rôles définis a priori, souvent à partir de catégories actuelles, ce sont les pratiques savantes qui guident cette étude, et non pas une approche disciplinaire ou « professionnelle ». La reconstruction des itinéraires de ces femmes, dont les traces archivistiques sont rares et souvent absentes des institutions du savoir, s’appuie sur l'approche biographique. Cette histoire « par en bas » de la persona de la Savante des Lumières éclaire la participation de quelques femmes à la production scientifique, considérée comme une entreprise avec ses divers acteurs, sa division du travail, ses hiérarchies, son économie, etc. Suivre par exemple la trajectoire de Marie Louise Dupiéry (1746-1830) révèle l’organisation du travail savant au quotidien dans l’atelier d’astronomie de Jérôme Lalande (1732-1807), contribuant ainsi à l’écriture de l’histoire des techniciens invisibles. Cette recherche remet également en question la périodisation standard des Lumières, présentant la Révolution comme point de basculement ou de rupture entre les pratiques et l’épistémologie du XVIIIe et celles du XIXe siècle.
The Savante in the French Age of Enlightenment, History of a Persona : practices, Representations, Spaces, and Networks This research brings together women’s history and the history of science on the roles of women in science during the French Enlightenment (1715-1815). The aim is not only to identify women’s modes of action in the eighteenth century and to ascertain the knowledge these women mastered and produced, but also to analyze the dynamics of the circulation networks of this knowledge. In order to avoid confining these women to presumptively defined roles, which are often present-day categories, it is the scientific practices that guide this study, rather than a disciplinary or “professional” approach. Due to the fact that few archival traces of these women exist in scholarly institutions, the reconstruction of their itineraries is based on a biographical approach. This history “from below” of the persona of the Enlightenment Savante sheds light on some of these women’s participation in scientific production, considered as an enterprise with its different actors, its division of labor, its hierarchies, its economy, etc. For example, the career path of Marie-Louise Dupiéry (1746-1830) reveals the daily organization of scholarly work in the astronomy workshop of Jérôme Lalande (1732-1807), and thus contributes to the writing of the history of these invisible technicians. This research also challenges the common periodization of the Age of Enlightenment, which presents the Revolution as the tipping or breaking point between eighteenth and nineteenth century practices and epistemology.