La reconstruction de la mémoire au féminin. Etude du rapport histoire/fiction dans les euvres d’Assia Djebar et de Léonora Miano. Approche postcoloniale

Thèse de doctorat en Littérature générale et comparée - Aix-Marseille Université
Par Anouchka MOUSSAVOU NYAMA
Sous la direction de Catherine MAZAURIC
Année de soutenance 2020

Résumé

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Quel travail le/la colonisé.e doit mener sur le passé s’il/elle souhaite que celui-ci cesse de le/la maintenir figé.e sur le moment de la chute ? La fictionnalisation de l’histoire ne pourrait-elle pas faciliter la compréhension et la réconciliation avec ce passé trouble pour enfin réussir à habiter son présent et construire « l’afro-prospection » ? C’est à ces questions que tente de répondre notre étude en interrogeant la réécriture de la mémoire à partir d’une perspective féminine dans une analyse comparée des œuvres d’Assia Djebar et de Léonora Miano. Si à première vue ces deux écrivaines ne semblent ne rien avoir en commun, un regard attentif sur leurs œuvres permet de trouver rapidement quelques éléments de proximité. Hormis le fait d’être toutes les deux originaires de territoires qui ont subi plusieurs formes de violences (coloniales, guerres ou arrachements forcés notamment par les razzias négrières), ce qui nous interpelle surtout c’est leur attachement quasi excessif à ce passé qui revient comme une « hantise pulsionnelle » dans leurs textes. L’écriture djebarienne construit une narration qui mêle l’histoire, la fiction et des éléments biographiques. C’est en cela que sa narration contient presque toujours des allers et retours entre différentes époques, entre des situations chronologiques différentes ; entre des personnages apparemment sans rapport qui donnent à son écriture une respiration profonde, et où la narratrice joue de ces frontières spatio-temporelles et crée un espace où « l’algérianité » peut se penser en toute liberté. Dans la création mianoienne, en revanche, apparaissent tantôt des personnages extrêmement résilients, tantôt des personnages aux identités troubles, macérant dans une souffrance de laquelle ils ne parviennent pas à se relever du fait d’un passé mal liquidé. Son propos appelle à la conscience historique des Subsahariens, qu’elle invite à rompre avec la culture du refoulé et du silence pour sortir ainsi de l’état d’amnésie collective qui empêche l’afro-responsabilité et l’afro-prospection.
What work should the colonized person do about the past if they don’t want it to keep them stuck in the moment when their pre-colonial world collapsed? Could the fictionalization of history facilitate understanding and reconciliation with this troubled past in order to finally succeed in living in the present and build "Afro-prospecting"? It is to these questions that our study attempts to answer by questioning the rewriting of memory from a female perspective in a comparative analysis of the works of Assia Djebar and Léonora Miano. If at first glance these two writers seem to have nothing in common, a careful look at their works quickly reveals some elements of proximity. They both come from territories that have suffered several forms of violence: colonial, armed or forced removals, especially by slave raids. We find particularly striking their almost excessive attachment to the past, which comes across as an "impulsive haunting" in their texts. Djebarian writing builds a narrative that mixes historical, fictional and biographical elements. Her narration almost always contains comings and goings between different eras, between different chronological situations; between seemingly unrelated characters which gives a deep breath to her writing. The narrator plays with these spatio-temporal boundaries and creates a space where "Algerianness" can be thought of in complete freedom. On the other hand, in Miano’s creation, extremely resilient characters sometimes appear: characters with troubled identities, suffering a pain from which they cannot recover because of a past without closure. Her voice appeals to the historical consciousness of the Sub-Saharans, inviting them to break with the culture of repression and silence and thus to break out of the state of collective amnesia that prevents Afro-responsibility and Afro-prospecting.