La reconnaissance sous contraintes. Le choix du mariage pour les couples de même sexe dans le contexte d’une ouverture des droits

Thèse de doctorat en Sociologie - Sorbonne Université
Par Gaëlle MESLAY
Sous la direction de Pierre Demeulenaere
et la co-direction de Wilfried Rault
Année de soutenance 2020

Résumé

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Depuis les années 1970, la famille et le traitement politique et social de l’homosexualité ont connu des évolutions majeures, qui rendent possible l’accès des couples de même sexe au mariage. Que change alors la reconnaissance légale ? En combinant les premières sources quantitatives existantes à une enquête par entretiens, la thèse propose d’analyser ses effets par le biais de celles et ceux qui y recourent. En comparant les couples d’hommes et les couples de femmes, elle constitue un point d’observation heuristique pour analyser les différences de genre dans le rapport à la conjugalité, à la sexualité et au droit. Elle montre que, tandis que pour les couples de femmes, le mariage représente souvent une étape obligatoire en vue d’accéder à l’adoption et à l’établissement de la filiation, les usages juridiques mis en avant par les hommes renvoient davantage à d’autres types de configurations. Les contraintes juridiques au mariage soulignent alors l’importance des contextes législatifs et politiques dans les choix d’unions, l’État opérant, dans les cas des couples de même sexe, un contrôle sur les familles homoparentales. Enfin, l’analyse du rituel révèle également l’existence de contraintes cérémonielles dans les choix de mises en scène des couples. Si ceux-ci peuvent reprendre les codes qui y sont associés, s’en écarter ou les détourner, en fonction des significations qu’ils projettent sur le mariage, les rappels à l’ordre de la part des proches et des agents institutionnels contribuent à encadrer socialement le rituel, en limitant considérablement leur marge de manœuvre. La conformité de genre attendue, en particulier de la part des hommes, montre que l’effacement de l’hétérosexualité obligatoire reconfigure plus qu’elle n’abolit l’hétéronormativité.
Since the 1970s, both the family and the policies concerning homosexuality have undergone dramatic changes, allowing same-sex couples to marry. But what does legal recognition change? Combining the first quantitative data to be collected with an interview survey, this dissertation analyses the effects of legal recognition by examining those who choose to marry. By comparing male and female couples, this study provides a heuristic framework within which to analyse gender differences regarding partnerships, sexuality, and the law. It demonstrates that, whereas marriage for female couples is often a mandatory step towards adoption and establishing filiation rights, the situation is much different for male couples. Legal constraints to marriage highlight the importance of legislative and political contexts in union choices, as same-sex families are subject to governmental supervision. The dissertation’s analysis of ritual also reveals the existence of pressures on couples’ ceremonial arrangements. Depending on the meanings couples assign to marriage, they may conform to, deviate from, or deflect the associated codes. However, family and institutional calls to order regulate the ritual and limit flexibility. The expected gender conformity, especially for men, reveals that the erasure of compulsory heterosexuality reconfigures rather than abolishes heteronormativity.