La position de l’épouse réfugiée comme analyseur de la transformation du système matrimonial chez les Kissi de Guinée-Conakry. Analyse socio-anthropologique

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie - EHESS
Par Winfred Yao AKAKPO
Sous la direction de Rémy Bassenguissa Ganga
Année de soutenance 2019

Résumé

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Le déplacement des populations est souvent la conséquence des guerres chez les Kissi. Ce fait contribue et contribuera sans cesse davantage au changement de la structure sociale des peuples Kissi. Cette même réalité communément vécue avec leurs voisins frontaliers renvoie à la question de leur identité et reconnaissance sociale. Les kissi de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia sont connus pour l’observance et le maintien des rites dont le mariage coutumier qui constitue l’instance régulatrice de la communauté. Les guerres en Sierra Leone et au Libéria dans les années 1990 ont forcé une grande partie de la population à se déplacer, dont les Kissi en particulier, qui ont afflué vers le territoire Kissi en Guinée. Cet afflux de Kissi sierra leonais et Libériens, composé principalement de femmes : veuves de guerres, modifie la situation socio-culturelle des Kissi en Guinée. Dans ces conditions, le groupe Kissi de Guinée développe des réflexes de conservation et de monopolisation de la légitimité. Entre ces peuples issus d’une même souche s’établit l’institution de frontières visibles et invisibles. Car, la motivation des sierra leonais et des liberiens à se déplacer vers le territoire guinéen était de se retrouver « en famille » pour avoir une chance de se reconstruire. Les dynamiques provoquées par cet afflux ne manquent pas de restructurer la communauté Kissi en profondeur, à commencer par l’institution principale : le mariage coutumier. Cette thèse, s’intéressant à une partie bien spécifique des populations déplacées, a priori, montre comment un groupe, minoritaire, peut influer, modifier et même bouleverser, la façon de vivre, de se percevoir, de se définir d’un groupe apparemment dominant. Dans une optique socio-anthropologique, l’accent est mis sur la femme réfugiée et sur sa vulnérabilité au prisme de l’organisation sociale et du mariage. Le déplacement de la population et les transformations des structures sociales déterminent de nouveaux modes de vie qui provoquent la déstructuration des formes de mises en union, mais surtout leur restructuration pour concourir au maintien de la communauté, élargie de fait, et la reconfiguration de ses fondements. Les femmes réfugiées sont au cœur de cette recherche mais l’attention est portée sur les hommes et les femmes en général pour mettre en exergue les différences et les similitudes entre leurs organisations matrimoniales. Ainsi, parvenir à comprendre au mieux comment la culture de confrontation, acquise par la traversée d’expériences traumatiques, liées à la guerre, par les kissi d’ailleurs, vient affronter, imprégner et transformer la culture de rencontre des Kissi d’ici, permettant une adaptation qui répond à la situation de vulnérabilité et aux nouveaux besoins de subsistances de l’épouse réfugiée en Guinée.
The displacement of populations among the Kissi is often a consequence of war in the 90’s. This fact will constantly contributes more and more to changes in the social structure of Kissi people. The Kissi of Guinea, Sierra Leone and Liberia are known for their observance of rites, the most important of which is customary marriage, principal regulatory apparatus of the community. It crowns and validates the sequence of rituals right from childhood. The Sierra Leonean and Liberian civil wars in the ‘90s displaced a huge part of the population, including the Kissi in particular, whom the two countries in war had forced into the Kissi territory in neighboring Guinea. The inflow of Kissi from Sierra Leone and Liberia, made up of women considered as “widows of wars”, changes the social and cultural situations of the Kissi in Guinea. The receiving population, designated as Kissi-from-here, developed reflexes to conserve and monopolize legitimacy regarding the arriving population baptized as Kissi-from-elsewhere. Between these peoples are established visible and invisible borders due to the dynamics set in motion by the sudden inflow. This could not but restructures the Kissi community. For, the motivating factor of the inflow of sierra leoneans and liberians to Guinean territory was the possibility of reconnecting with the extended family across the borders in the hope of their social rebuilding. The dynamics caused by these inflows restructure the Kissi community starting with the main institution: customary marriage. This thesis focuses on specific part of the displaced Kissi populations, a priori, with an attempts to show how a minority group can influence, modify and even overturn the way of life, the self-vision and the self-definition of an apparently dominant group. From socio-anthropological perspective, in this study, the accent is placed on the refugee woman with emphasis on her position through the prism of social organization and customary marriage. It shows how among the Kissi in Guinea, the transformation of social structures determine new forms of marital union. More also, how it facilitate the community’s upkeep and the reconfiguration of its foundations. Women occupy the heart of this research, but in general, the focus is on men and women; bringing into light the differences and the similarities between their marital organizations. Practically, by this research, the culture of confrontation acquired by the Kissi-from-elsewhere through the traumatic experience of war, challenges and transforms the culture of encounter and allows the displaced wife in Guinea to be adapted to her situation of vulnerability.