La construction sociale de la délinquance des filles en France de 1850 à 1945

Thèse de doctorat en Sociologie - Université de Perpignan Via Domitia
Par Céline DEBRUILLE
Sous la direction de Jean-Louis Olive
Année de soutenance 2018

Résumé

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Longtemps oubliée des travaux de recherche en France, la délinquance des filles s’affirme aujourd’hui comme un problème public, venant alimenter une controverse autour d’une problématique « orpheline ». Orpheline, car cette problématique est l'éternelle oubliée des travaux de recherche français ainsi que des données statistiques (tout comme la délinquance des femmes), pourtant la délinquance des filles est bien une réalité sociale. En témoignent des travaux récents de recherche, en sociologie notamment, qui se sont penchés sur la question des filles déviantes et/ou délinquantes, et l'investissement du Ministère de la Justice dans des appels d'offres sur cette question. Cependant, tous s'intéressent à la question de la fille déviante et/ou délinquante, délaissant ainsi l'étude du phénomène social de délinquance des filles en France. Une étude pourtant nécessaire puisque comme tout phénomène social, la délinquance des filles est conditionnée par un contexte historique, culturel, social, juridique et politique, qui vient délimiter son existence. L’objectif de cette recherche est donc de mettre en lumière le processus de construction sociale de la délinquance des filles en France, en prenant comme point de départ sa reconnaissance légale, à savoir la loi du 5 août 1850. Cette loi, relative à l'éducation et au patronage des jeunes détenus, distingue dans ses articles même, la prise en compte et en charge des filles et des garçons délinquants. De fait, la délinquance des filles n'a pas toujours été dans l'ombre. La question est donc de savoir pourquoi et comment cette délinquance est-elle tombée dans l'oubli. Est-ce à cause d'une implication moindre des filles dans la délinquance, est-ce à cause du jeune âge ou encore du genre féminin de ces filles ?
Long neglected research work in France, the delinquency of girls is now emerging as a public problem, coming to fuel a controversy around an issue "orphan". Orphan, because this issue is the eternal forgotten French research work as well as statistical data (as the delinquency of women), yet the delinquency of girls is a social reality. This is evidenced by recent research, in sociology in particular, which has addressed the issue of deviant and / or delinquent girls, and the investment of the Ministry of Justice in tenders on the subject. However, all are interested in the question of deviant and / or delinquent girls, thus abandoning the study of the social phenomenon of girls' delinquency in France. A study that is nevertheless necessary since, like any social phenomenon, the delinquency of girls is conditioned by a historical, cultural, social, legal and political context, which defines its existence. The objective of this research project is therefore to highlight the process of social construction of the crime of girls in France, taking as a starting point its legal recognition, namely the law of August 5, 1850. This law, relative the education and patronage of young prisoners, distinguishes in its articles, the consideration and care of delinquent girls and boys. In fact, girls' delinquency has not always been in the shadows. The question is therefore why and how this delinquency has fallen into oblivion. Is it because of a lower involvement of girls in delinquency, is it because of the young age or the feminine gender of these girls?...