L’Espace des désirs. Enquête sur la construction des homosexualités masculines en Chine post-maoïste

Thèse de doctorat en Science politique - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Lucas MONTEIL
Sous la direction de Éric FASSIN
Année de soutenance 2019

Résumé

Français Anglais
D'abord largement effacées de l’espace public chinois au terme de l'histoire singulière des significations dont l'amour de même sexe, mais aussi l’amour et le sexe en général, ont été investis au cours des efforts successifs de « modernisation » du pays, les formes de désir et d'amour homosexuels connaissent à partir du tournant de la décennie 1980 de nouvelles possibilités d’expression en Chine, dans un contexte de libéralisation économique et d'ouverture aux échanges internationaux placé sous le signe de la « modernisation ». Fondée sur une enquête conduite au long de six années dans les mondes homosexuels masculins de trois métropoles de Chine continentale, la thèse prend pour point de départ l’association qui en résulte, dans les discours tant ordinaires que savants, de l'homosexualité aux sujets supposés modernes : jeunes, issus des nouvelles classes moyennes et globalisés. Elle met d'abord en lumière l’existence de configurations distinctes d’homosexualité masculine en Chine post-maoïste, dont les formes socio-culturelles diffèrent selon leur position plus ou moins centrale ou périphérique dans un espace à la fois social, géographique, symbolique et trans/national en rapide transformation. Elle montre ensuite plus largement en quoi toutes les dimensions de ce que l’on peut nommer goût érotique - comment, quoi et qui aime-t-on, qu’est-ce qu’aimer veut dire, comment l’apprend-on et d’où cela vient-il ? - se développent et s’articulent de façon différenciée dans l'espace chinois des homosexualités et sont constitutives des processus sociaux, économiques et politiques qui caractérisent la Chine des réformes et de l’ouverture. La thèse conduit en définitive à un renversement de perspective, de la contextualisation du sexe à l’éclairage du contexte, qui revient, plutôt qu’à rechercher les traits des cultures « chinoise » ou « globalisée » dans l’homosexualité chinoise, à appréhender les transformations de la Chine, comme la mondialisation, à travers leur épaisseur sexuelle.