L’égalité pour les autres : éducation à l’égalité entre les sexes et racialisation du sexisme en France

Thèse de doctorat en Science politique - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Par Simon MASSEI
Sous la direction de Frédérique MATONTI
Année de soutenance 2020

Résumé

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Pourquoi le public des actions d'éducation à l'égalité entre les sexes à l'école est-il majoritairement populaire et racisé ? Pourquoi cette politique éducative est-elle largement sous-traitée aujourd'hui par le secteur associatif ? Comment comprendre la participation de familles musulmanes de banlieue pauvre au mouvement contre l'enseignement de la « théorie du genre » à l'école en 2013-2014 ? À ces différentes questions, cette thèse basée sur une enquête multimodale articulant entretiens, observations, analyse statistique et travail sur archives, répond en racontant une seule et même histoire : celle de l'éducation à l'égalité entre les sexes en France, des premières propositions de loi antisexiste au milieu des années 1970 jusqu'aux polémiques suscitées par l'expérimentation des « ABCD de l'égalité » en 2013-2014. Sans négliger les institutions et les évolutions de la règle de droit, elle porte avant tout attention aux trajectoires et aux positions de celles et ceux qui ont fait et qui font cette politique, des ministères jusqu'aux salles de classe. Elle attache également une importance particulière aux publics de ces actions éducatives aujourd'hui, élèves d'écoles primaires, collégien-ne-s, lycéen-ne-s, ainsi qu'aux mobilisations auxquelles leurs parents ont pris part dans les années 2010 et qui informent autrement sur la réception de cette politique. Elle montre ainsi comment celle-ci participe à la racialisation du sexisme et, ce faisant, à la reproduction des rapports de race sur le mode du genre et de la sexualité. C'est là le fil rouge que cette thèse suit de bout en bout en liant l'analyse du champ politique, de la bureaucratie, du travail associatif, de l'école, et des mouvements sociaux.
Why is the audience for gender equality education at school predominantly racialized? Why is this educational policy widely outsourced to the associative sector today? How to understand the participation of working-class Muslim families in the movement against the teaching of "gender theory" at school in 2013-2014? Based on a survey combining ethnographical observations, interviews, statistical analysis and archival study, this thesis addresses these various issues by telling a single story: that of gender equality education in France, from the early antisexist bills in the mid-1970s to the controversies aroused by the “ABCD of equality” in 2014. Without overlooking the legal and institutional aspects of it, it focuses on the social trajectories and positions of the many actors of this policy today, from ministries to classrooms. It also gives particular importance to the audience of gender equality education today, primary school, middle school and high school students, as well as to the mobilizations in which their parents took part in the 2010s. This thesis thus shows how gender equality education participates in the racialization of sexism today and, in so doing, in the reproduction of race as a power relationship. That is the thread this thesis follows from start to finish, by linking the analysis of political field, bureaucracy associative sector, school, and social movements.