L’adieu aux ordres. Les sécularisations des religieuses au moment de la Réforme (France, Suisse, Angleterre, XVIe siècle)

Thèse de doctorat en Histoire - Université Jean Moulin Lyon 3
Par Elena GUILLEMARD
Sous la direction de Olivier CHRISTIN
et la co-direction de Bernard HOURS
Année de soutenance 2020

Résumé

Français Anglais
Sur les quelques 200 femmes retrouvées qui quittent les ordres religieux au cours du XVIe siècle en France, en Suisse et en Angleterre, certains itinéraires de vie montrent la difficulté d’une adaptation au siècle, qui prend d’abord une forme économique. En effet, ces femmes, souvent privées d’un soutien familial (elles ont pu sortir contre le gré de leurs familles car leur sortie menaçait les héritages familiaux en les réinstaurant potentiellement parmi les héritières potentielles), seules dans le monde pour la première fois de leur vie, doivent trouver les moyens d’une adaptation séculière. Mais la marge de manœuvre n’est pas toujours large : ainsi, d’un côté, des femmes de la grande noblesse, telle Charlotte de Bourbon, future princesse d’Orange, sortent et retrouvent leur position sociale, profitant de réseaux anciens de solidarité nobles, de l’autre, des femmes inconnues, issues de familles aux origines sociales variées, affrontent le retour au siècle sans relais ni soutiens économiques, amicaux ou familiaux. Se posent alors les questions du devenir de ces femmes : quelles formes prend leur sécularisation ? Si les discours protestants et catholiques acclament ou condamnent le mariage, il semblerait que ce choix ne soit pas le premier fait par ces femmes en rupture de cloître. Ainsi, ces parcours présentent des alternatives multiples, entre l’élaboration d’un foyer conjugal, l’obtention de pensions, de rentes, ou un retour familial. Les anciennes religieuses inventent donc leur itinéraire de vie, dans un contexte d’affrontements confessionnels au sein duquel leur statut d’anciennes religieuses influence et conditionne sans cesse les modalités et les conditions de possibilité de leur retour.
Out of the 200 or so women that I found who left the religious orders during the 16th century in France, Switzerland and England, certain life paths suggest the difficulty of adapting to the secular life, especially in terms of economy. Indeed, these women, often deprived of family support (they were able to leave against the will of their families because their exit threatened family legacies by reintroducing them as potential heirs), alone in the world for the first time, had to find the means for a secular adaptation. But their capacity for action was often limited: thus, on the one hand, noble women, such as Charlotte de Bourbon, the future Princess of Orange, left and regained their former social position, with the help of various networks of solidarity; on the other hand, less famous women, from families with various social backgrounds, faced the return to the world without any economic, friendly or family support. A question then arises as to the future of these women: what form does their secularization take? If Protestant and Catholic discourses acclaimed or condemned marriage, it would seem that only some of the women who had escaped from the cloister chose that path. Thus, these paths present multiple alternatives, between forming a conjugal home, obtaining pensions, annuities, or returning to their parents’ home. Through these paths, the former nuns invented their life itineraries, in a context of religious confrontations in which their status as former nuns constantly influenced and conditioned the modalities of their return to the world.