Hercule à la croisée des chemins ou le “héros perplexe”. (Re)configurations discursives et genrées de l’apologue de Prodicos dans les cultures européennes, de l’Antiquité aux débuts du XIXe siècle (domaines allemand, anglais, français, italien)

Thèse de doctorat en Littérature comparée - Sorbonne Université
Par Marie-Pierre HARDER
Page personnelle
Sous la direction de Véronique Gély
Année de soutenance 2018
Très honorable avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
Au croisement des études culturelles, du comparatisme différentiel et des études genre et queer, cette thèse propose une analyse mythopoétique des (re)configurations discursives et genrées du mythe d’Hercule à la croisée des chemins dans les cultures européennes. Cet apologue, représentant le jeune héros confronté au choix entre une vie laborieuse, mais glorieuse, au service de la Vertu et une existence vouée aux plaisirs séduisants, mais avilissants, de la Volupté, a exercé, par ses nombreuses reprises, une influence durable et complexe dans les (con)textes européens, comme dans les représentations culturelles et genrées qui s’y sont (per)formées. Après une relecture critique des interprétations humanistes qui font du héros hésitant entre les voies et voix féminines du Vice et de la Vertu le paradigme universel et désincarné d’un sujet moral, la thèse procède à une contextualisation genrée des réécritures du choix herculéen sur la longue durée. Étudiant ses reconfigurations disciplinaires dans la pédagogie humaniste, ses réinvestissements dans des textes épiques de l’Antiquité à l’émergence des États-nations, ses reprises dans des pièces et poèmes didactiques du XVIIIe s., puis sa réélaboration dans les romans de formation, qui émergent au tournant des XVIIIe-XIXe s. comme genre privilégié de mise en récit d’un devenir-masculin hégémonique, la thèse avance que ce mythe a constitué une puissante « technologie de genre » (T. De Lauretis), à travers laquelle s’est engendrée, selon des modalités (con)textuelles variées, la figure d’un sujet libéral, masculin, blanc et straight, érigé en mythe fondateur de la modernité européenne. Un dernier moment déploie dès lors une analyse queer de diverses variations, en explorant comment la binarité du choix peut s’y troubler pour mieux « désorienter » (S. Ahmed) son héros.
This PhD thesis offers a mythopoetic analysis of the discursive and gendered (re)configurations of the myth of Hercules at the crossroads in the realm of European cultures, from Antiquity until the 19th century, in German, English, French, and Italian. Adopting an approach at the intersection of cultural studies, comparative studies, gender and queer studies, the thesis begins with a critical rereading of the humanist interpretations of the myth, where the hesitating hero, torn between vice (or pleasure) and virtue, is seen as the universal paradigm of a moral subject. Based on intersectional masculinities studies, the second part contextualizes the rewritings of Hercules’ choice in the European longue durée. It analyzes its disciplinary reconfigurations in humanist pedagogy, its rewritings through epic forms from Antiquity to the emergence of nation-states, its reworking in 18th century didactic plays and poems as well as its narrative reshaping in novels of formation that then became the privileged genre for narrating hegemonic masculinity. In so doing, the thesis demonstrates that this myth constitutes a powerful “technology of gender” (Teresa de Lauretis), that has operated as a vector for engendering, in varying (con)textual modalities, the figure of the liberal, masculine, white and straight subject, erected as the founding myth of European modernity. Departing from this argument, the last part proposes a queer reading of the myth, by exploring several rewritings that trouble the binary choice at the crossroads in order to better “disorient” (Sara Ahmed) its hero.