GIRLS WANTED : L’influence des politiques publiques sur la sélection sexuelle en Corée du Sud, en Inde et au Vietnam

Thèse de doctorat en Sociologie, Démographie - Sorbonne Paris Cité
Par Laura RAHM
Sous la direction de Christophe Guilmoto
Année de soutenance 2018

Résumé

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Plus de 130 millions de femmes sont portées disparues dans le monde pour cause de sélection en fonction du genre. La plupart d'entre elles ont été avortées de manière sélective, ont été l'objet de négligence fatale durant l'enfance ou ont été tuées après la naissance parce qu'elles étaient des femmes. La sélection sexuelle - pratiquée avant tout en Asie, dans le Caucase et en Europe de l'Est - a suscité de vives inquiétudes globalement en raison de ses implications en matière de droits humains, de santé et de conséquences démographiques. Depuis les années 1980, plusieurs pays asiatiques ont adopté des politiques pour contrer cette forme de discrimination. Bien que les politiques publiques soient souvent promues comme une solution, on sait peu de choses sur ces politiques et leur influence sur les déséquilibres de sexe à la naissance. De plus, seules quelques études relient ces politiques aux tendances des rapports de masculinité. Compte tenu de l'hétérogénéité des pays affectés par la sélection sexuelle, cette recherche vise à comprendre le déroulement des politiques publiques en divers contextes socioculturels. Quels sont les intentions, les instruments et les impacts des politiques publiques contre la sélection sexuelle dans différents pays asiatiques? L'Inde, le Vietnam et la Corée du Sud ont été choisis dans le cadre du Most Different Systems Design pour représenter la diversité des pays dans leur réponse à la masculinisation démographique. La comparaison de politiques similaires en différents pays fournit une expérience naturelle pour évaluer leur influence sur la sélection prénatale du sexe. Nous présentons de nouvelles recherches empiriques, menées en Corée du Sud, en Inde et au Vietnam entre 2014 et 2015 et basées sur des entretiens d'experts, ainsi que des analyses statistiques pour comparer les zones avant et après l'intervention politique. Cette thèse montre que les trois pays partagent des instruments politiques similaires, notamment des interdictions légales, des campagnes de sensibilisation, des plaidoyers, des incitations et des lois sur l'égalité des sexes pour renforcer le rôle des femmes dans la société. Cependant, les intentions politiques variaient d'un pays à l'autre : renforcer les droits des femmes en Inde, promouvoir une structure de population équilibrée au Vietnam, protéger les droits du fœtus en Corée du Sud. En termes d'impact, les politiques eurent une efficacité limitée. En Corée du Sud, les changements sociaux et familiaux plutôt que les politiques expliquent le déclin de la sélection du sexe. En Inde, les interventions politiques ont montré un impact positif de la réduction des déséquilibres sexuels à l'échelle locale en raison d'un leadership fort et d'un effet bottom-up, mais avec des effets indésirables. Au Vietnam, l'interdiction légale de la sélection du sexe a probablement déclenché le début de la masculinisation à la naissance. Les autorités vietnamiennes ont opté pour une stratégie top-down et à long terme. Les interventions régionales ont été intensifiées malgré l'absence de preuves de l'efficacité des politiques. La collaboration internationale pour lutter contre la sélection du sexe a facilité le transfert de politiques et de connaissances transnationales, où les enseignements tirés des expériences sont partagés entre les pays. Cette atmosphère a contribué à une convergence croissante des politiques. Néanmoins, les gouvernements interprètent ces politiques en fonction de leurs propres intentions et stratégies de mise en œuvre. Nos résultats apportent ainsi une contribution à un domaine peu étudié. Bien plus, ils permettent une meilleure compréhension de l'interaction complexe entre dynamiques locale et mondiale dans la lutte contre la sélection sexuelle. Le cadre théorique élaboré pour conceptualiser les différents niveaux d'influence peut également servir à évaluer d'autres questions de santé publique et de genre au 21e siècle.
Worldwide over 130 million women are missing due to gender-biased sex selection. Most of these "missing females" were selectively aborted, fatally neglected or killed after birth because they were female. Sex selection - predominantly practiced in Asia, Caucasus and Eastern Europe - has caused wide concern among government, non-government and international stakeholders because of the human rights, health, and demographic implications associated with the practice. Since the late 1980s, several Asian countries have introduced laws, policies and programs to counter this fundamental form of gender discrimination. Although public policies are often promoted as a solution to sex selection, little is known about these policies and their influence on skewed sex ratio at birth. Moreover, only a few studies provide a comparative analysis of sex ratio trends and policy interventions. Given the heterogeneity of countries affected by sex selection, this research seeks to understand how public policies unfold in diverse socio-cultural contexts. What are the intentions, instruments and impacts of public policies against sex selection in selected Asian countries? India, Vietnam and South Korea were chosen in a Most Different Systems Design to represent largely diverse countries that have tried to address the growing demographic masculinization of their population. Comparing similar policies in different countries offers a natural experiment for assessing their influence on prenatal sex selection. We present new empirical research, carried out in South Korea, India and Vietnam between 2014 and 2015, based on qualitative expert interviews with governmental, non-governmental, international and medical personnel, as well as statistical analysis comparing pre- and post-intervention areas. This thesis finds that the three countries share similar policy instruments including legal bans on sex selection and determination, awareness-raising campaigns, advocacy, incentives and gender equity laws to strengthen the role of women in society. However, policy intentions varied across countries from strengthening women's rights in India, to promoting a balanced population structure in Vietnam, to protecting fetal rights in South Korea. Regarding the policy impact, anti-sex selection policies have had limited efficacy in curbing sex imbalances. In South Korea, social and family changes rather than policy interventions explain the decline of sex selection. In India, policy efforts showed a positive impact of reducing sex imbalances at the local level due to strong leadership and bottom-up action, which yet came with unintended side effects of infringing reproductive and privacy rights. In Vietnam, the legal ban on sex selection is likely to have triggered the onset of birth masculinization. Vietnamese authorities have opted for a top-down, long-term strategy of changing mindsets. Regional interventions are scaled up despite inconclusive evidence of policy efficacy. International collaboration to tackle sex selection has facilitated transnational policy and knowledge transfer, where lessons learned are shared between the countries. This atmosphere has contributed to a growing trend of policy convergence. Nevertheless, governments interpret these policies to fit their own policy intentions and implementation strategies. Our findings thus not only contribute to an under-researched field of public policies against sex selection, but also allow for a better understanding of the complex interplay between local and global dynamics in anti-sex selection efforts. The theoretical framework developed to conceptualize the diverse levels of influence can also serve to assess other global public health and gender issues of the 21st century.