Garçon fantasmé, fille née : étude psychanalytique des enjeux de la réalité sociale patriarcale sur le destin du féminin chez des femmes libanaises

Thèse de doctorat en Psychologie - Université de Caen Normandie
Par Salma KADRA
Sous la direction de Nadine Proia-Lelouey
Année de soutenance 2018

Résumé

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Le Liban est fondé sur une société patriarcale dont l’une des multiples exigences est la naissance d’un garçon au sein des familles. Nous avons pu constater que cette exigence est relayée par les femmes elles-mêmes qui disent souhaiter plus que tout la maternité d’un fils, si possible le premier né. Ce désir si souvent exprimé semble donner raison à la théorie phallo-centrée de Freud qui pose pour la femme une envie primaire du pénis et de sa résolution par la naissance d’un enfant mâle. Pourtant, d’autres théories sur le développement psychosexuel de la femme ont vu le jour déjà chez les disciples directs de Freud puis dans les théorisations psychanalytiques contemporaines. Nous avons voulu explorer cette question en étudiant, grâce à des entretiens cliniques de recherche et la passation de projectifs, le développement psychosexuel de jeunes femmes libanaises à qui depuis leur plus jeune âge, leur entourage et particulièrement leur mère, leur avait explicitement évoquer le fait qu’elles avaient désiré durant leur grossesse un garçon.Si cela nous ne nous a pas permis de trancher le débat entre théorie phallo-centrée et les autres théories, notre travail a mis en évidence que quand le désir inconscient, certes mu par ses conflits inconscients reliés à son propre développement psychosexuel, rencontre le désir de répondre aux mieux à la contrainte sociale de la société patriarcale, la femme bénéficie d’un certain épanouissement. En revanche, force est de constater que dans le cas contraire, les femmes paient une lourde tribu sous formes d’accidents ou d’événements périnataux volontaires et d’une grande souffrance psychique. On a pu aussi mettre en évidence, l’induction de troubles dans les relations précoces avec leur nouveau-né fille qui font le lit à une répétition trans-générationnelle mortifère. Ainsi, à leur tour et en dépit du fait qu’elles déplorent avoir souffert de leur statut de filles-nées, elles désirent donner naissance à un garçon.
Lebanon is based on a patriarchal society whose multiple demands include the birth of a boy within families. We have seen that this requirement is supported by the women themselves, who say they want more than anything the motherhood of a son, if possible the first born. This desire so often expressed seems to support Freud's phallocentric theory, which poses for women a primary desire for the penis and its resolution through the birth of a male child. However, other theories on the psychosexual development of women have already emerged among Freud's direct disciples and then in contemporary psychoanalytical theorizations.We wanted to explore this question by studying, through clinical research interviews and the passing of projective tests, the psychosexual development of young women to whom from an early age, their environment and especially their mother, had explicitly told them that they had wanted a boy during their pregnancy.If this did not allow us to settle the debate between phallocentric theory and other theories, our work has shown that when the unconscious desire, certainly driven by its unconscious conflicts related to its own psychosexual development, meets the desire to respond as well as possible to the social constraint of patriarchal society, women enjoy a certain fulfillment. On the other hand, it must be noted that, otherwise, women pay a heavy price in the form of accidents or voluntary perinatal events and great psychological suffering. We have also been able to highlight the induction of disorders in early relationships with their newborn daughter who make the bed at a deadly transgenerational repetition. Thus, in turn, and despite the fact that they regret having suffered from their status as born girls, they wish to give birth to a boy.