Faire corps des affrontements : le Mouvement Indien des Femmes dans la ville de New Delhi, un réseau militant polymorphe

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie - EHESS
Par Caroline MICHON
Sous la direction de Catherine Servan Schreiber
et la co-direction de Naicra Guénif Souilamas
Année de soutenance 2019

Résumé

Français Anglais
L’étude en anthropologie politique du Mouvement Indien des Femmes dans la ville de New Delhi a permis d’explorer les réalités tangibles du phénomène d’ONGéisation et des résistances à son encontre. À partir d’observations participantes et d’entretiens avec ses militant∙e∙s, salarié∙e∙s, je me propose d’analyser la structure du MIFD et de mettre à jour les représentations collectives qui lui confèrent un statut de communauté sociale et politique. En partant du concept « d’antagonisme équilibré », j’élabore une lecture critique des dissensions politiques qui l’animent. Ces dernières paraissent être une source notable de pluralité identitaire tout en soulignant le maintien du caractère politique du Mouvement. En mobilisant le concept de globalisation du genre et l’approche subalterne, mon travail montre que le MIFD est une communauté où les rapports sociaux sont rejoués et contestés à la lumière des paradigmes d’égalité. Dans ce réseau militant de femmes, les problématiques singulières à l’Inde se mêlent aux injonctions internationales et transnationales. Ensemble, elles forment un espace où la cause des femmes est source de conflit, de domination et de contestation de la part de femmes subalternisées, bien souvent dépossédées de leur droit de parole et de représentation. Le MIFD est ainsi en proie à un double phénomène, entre homogénéisation sociale et structurelle et tentative d’inclusion des identités plurielles des femmes. Dans cette perspective, ma thèse contribue à l’élaboration des savoirs sur les mobilisations émanant de femmes des Suds et sur le genre en anthropologie politique urbaine.
Building unity from the clashes : the Indian Women's Movement in New Delhi City, a polymorphic militant network. - This political anthropology study of the Indian Women's Movement in New Delhi explores the tangible realities of the NGO phenomenon and the resistance against it. Based on participating observations and interviews with its activists, I propose to analyze the structure of the MIFD and update the collective representations that give it the status of a social and political community. Starting from the concept of "balanced antagonism", I develop a critical reading of the political dissensions that drive it. The latter seem to be a significant source of identity plurality while emphasizing the maintenance of the political character of the Movement. By mobilizing the concept of gender globalization and the subordinate (??subaltern??) approach, this thesis demonstrates that the MIFD is a community where social relationships are replayed and challenged in the light of equality paradigms. In this militant network of women, the unique problems of India are mixed with international and transnational injunctions. Together, they form a space where women's causes are a source of conflict, domination and contestation by subordinate women, who are often deprived of their right to speak and represent. The MIFD is thus in the grip of a double phenomenon, between social and structural homogenization and an attempt to include women's plural identities. In this perspective, my thesis contributes to the development of knowledge on mobilizations by southern women and on gender in urban political anthropology