Étudiants singuliers, hommes pluriels. Orientations et socialisations masculines dans des formations « féminines » de l’enseignement supérieur

Thèse de doctorat en Sociologie - Science Po Paris
Par Alice OLIVIER
Sous la direction de Agnès van Zanten
Année de soutenance 2018

Résumé

Français Anglais
Comment expliquer les parcours atypiques ? Prenant pour objet les hommes qui s’orientent vers des formations dites « féminines » de l’enseignement supérieur, cette thèse s’intéresse à la production de l’atypisme et aux socialisations sexuées. Elle fait ainsi dialoguer la sociologie de l’éducation, de la socialisation et du genre. Elle repose sur une double étude de cas des formations de sage-femme et d’assistant·e de service social, dans lesquelles une enquête multi-méthodes alliant entretiens, observations et analyses statistiques a été menée. Alors que la littérature sur les trajectoires atypiques des femmes insiste sur le rôle des dispositions, cette étude de dominants en situation de minorité numérique montre l’importance des contextes. Nombre d’hommes « atypiques » ne sont pas les plus disposés à opter pour une formation « féminine » : ce sont avant tout des logiques institutionnelles, relationnelles et économiques qui encouragent ce choix, même si les schèmes d’action individuels – en termes de classe et de genre notamment – opèrent également de façon déterminante. Une analyse typologique articulant ces variables contextuelles et dispositionnelles révèle plus précisément quatre logiques à l’origine de ces orientations atypiques : la souplesse, l’ouverture, le pragmatisme et la stratégie. Une fois en formation, les rares hommes font l’objet de processus de singularisation, mais sont aussi enjoints au respect d’une forte norme d’égalité des sexes. Selon les situations, on attend d’eux d’alterner entre différentes pratiques genrées, c’est-à-dire de jongler avec le « féminin » et le « masculin ». La maîtrise de cette souplesse de genre procure de nombreux bénéfices mais dont tous les hommes ne savent pas, ou ne peuvent pas, tirer profit. La thèse met à ce titre en évidence les fonctionnements de l’ordre du genre : elle éclaire la hiérarchie entre les sexes, mais aussi celle qui ordonne les hommes entre eux dans un contexte de valorisation de la mixité et de l’égalité.
{{Singular students, plural men : male study choices and socialisations in “female” higher education programmes}} Focusing on male students in so-called “female” study paths in higher education, this thesis investigates the production of atypical trajectories and gendered socialisations. It is based on a double case study of midwifery and social work training programmes in France that combines interviews, observations and statistical analyses. While the literature on atypical trajectories of women emphasises the role of dispositions, this study of dominants in a situation of numerical minority shows the importance of contexts. Many “atypical” men are not the most disposed to opt for a “female” study path: it is above all institutional, relational, and economic logics that encourage this choice, even though individual action patterns – particularly in terms of class and gender – also play a decisive role. An analysis articulating these variables reveals four logics at the root of these atypical choices: flexibility, openness, pragmatism, and strategy. Once in training, the few men who do choose this path are subject to singularisation processes, but are also required to respect a strong norm of gender equality. Depending on the situation, they are expected to alternate between different gendered practices, i.e. to juggle with the “feminine” and the “masculine”. Mastering this gender flexibility has many benefits, but not all men know how to or can take advantage of them. This thesis thus highlights the workings of the gender order: it sheds light on the hierarchy between the sexes, but also on the hierarchy that organises men among themselves in a context of valuing diversity and equality.