Espaces et temps de la « production d’enfants ». Sociologie des grossesses ordinaires

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Lumière Lyon 2
Par Elsa BOULET
Page personnelle
Sous la direction de Christine Détrez
et la co-direction de Marc Bessin
Année de soutenance 2020

Résumé

Français Anglais
Cette thèse propose de problématiser la grossesse comme un travail des femmes encadré par des institutions et façonné par les rapports sociaux de genre, de classe, et de race. L’analyse est basée sur une enquête par entretiens auprès de femmes enceintes et de leurs conjoints, et par observations dans deux maternités hospitalières (Île-de-France, 2014-2017). Cette thèse montre que la survenue des grossesses est encadrée par une norme conjugale, qui se décline selon des scripts conjugaux ; elle souligne également que le « bon moment » (la norme procréative) pour avoir un enfant varie selon les trajectoires et les positions sociales des femmes et de leurs conjoints. Elle interroge la manière dont l’encadrement étatique et médical des grossesses définit une temporalité spécifique de la gestation et met les femmes enceintes au travail de patiente. Le soin s’étend à l’espace et au temps domestiques dans la mesure où les femmes enceintes sont incitées à modifier leur vie quotidienne pour prévenir les risques. La division genrée du travail ménager et parental n’est modifiée que marginalement à l’occasion de la grossesse, tandis que la préparation de l’accueil d’un nouveau-né s’ajoute pour les femmes aux tâches habituelles. Dans l’espace du travail salarié, les grossesses apparaissent comme clandestines, à la fois illégitimes et ignorées. Elles jouent un rôle de révélateur vis-à-vis du salariat, en mettant en lumière l’extension du temps de travail, la pénibilité et les risques professionnels.
This dissertation seeks to problematize pregnancy as women’s work, regulated by institutions and shaped by gender, class and race. The analysis is based on interviews with pregnant women and their partners, and on observations conducted in two maternity wards (Île-de-France, 2014-2017). The dissertation shows that pregnancies are structured by a conjugal norm, which can be broken down according to conjugal scripts; it also highlights that the “right moment” (the procreative norm) to have a baby varies according to the trajectories and the social positions of women and their partners. It examines the role played by state and medical regulation in defining a specific temporality for gestation and in assigning pregnant women patient work. This work extends to the domestic space and temporality insofar as pregnant women are encouraged to modify their daily routines in order to minimize risks. The gendered division of domestic labor is only marginally altered during pregnancy, whereas the preparation for the arrival of the baby is taken on by women in addition to their ordinary tasks. In the context of salaried work, pregnancies appear only covertly, both illegitimate and ignored. Ordinary pregnancies reveal dimensions of wage-labor that are normally hidden, drawing attention to long and onerous work hours and occupational hazards.