Énarques et femmes. Le genre dans la haute fonction publique

Thèse de doctorat en Sociologie - EHESS
Par Elsa FAVIER
Sous la direction de Laure Bereni
Année de soutenance 2020

Résumé

Français Anglais
Entre 2001 et 2017, la part des femmes dans la haute fonction publique d’État est passée de 12 à 40%. La féminisation des élites administratives, et plus largement des lieux de pouvoir, constitue un bouleversement social majeur des dernières décennies. Pourtant, si les mécanismes d’exclusion des femmes sont aujourd’hui bien identifiés, la féminisation a été peu analysée pour elle-même. C’est l’objet de cette thèse portant sur les femmes passées par l’École nationale d’administration (ENA) depuis sa création en 1945. Comment est-il devenu possible que des femmes accèdent à des positions de pouvoir au sein de l’État historiquement monopolisées par des hommes ? Qui sont celles qui peuvent prétendre à ces positions professionnelles en haut de la hiérarchie sociale ? Comment s’approprient-elles des rôles prestigieux, associés au masculin ? Pour répondre à ces questions, cette thèse s’appuie sur une enquête ethnographique et statistique, incluant des entretiens, des observations du travail et la constitution d’une base de données sur les trajectoires de 2000 énarques. Elle mobilise deux cadres analytiques principaux : une perspective intersectionnelle qui articule, sans les hiérarchiser, rapports de classe et rapports de genre ; une sociologie de la socialisation, tant familiale, scolaire que professionnelle. Ce faisant, elle éclaire de manière inédite la sociologie des élites administratives, la sociologie des classes supérieures et les dynamiques de genre dans les lieux de pouvoir.
Between 2001 and 2017 the share of women in the senior civil service increased from 12% to 40%. The feminization of the administrative elites, and more broadly of places of power, has been a major social change of the past decades. While the mechanisms of women's exclusion are now well understood, feminization has been under-investigated. This is the topic of this dissertation, which is based on an ethnographic investigation and a statistical analysis on women who graduated from the ENA. How did it become possible for women to reach positions of power within the state that were historically monopolized by men? Who are the women who can access these professional positions at the top of the social hierarchy? How do they appropriate prestigious masculine roles? To address these questions, the dissertation uses two main analytical frameworks: an intersectional approach that articulates both class and gender relationships; and a sociology of family, school and professional socialization. The thesis sheds new light on the sociology of administrative elites, the sociology of the upper classes, and gender dynamics in places of power.