« Des romances au-delà des frontières. La globalisation genrée du marché matrimonial : échanges intimes, expériences migratoires et réflexivités sur le genre dans les conjugalités franco-postsoviétiques (1990-2015) »

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Lumière Lyon 2
Par Laure SIZAIRE
Page personnelle
Sous la direction de Jean-Hugues DECHAUX
Année de soutenance 2021

Résumé

Français Anglais
Cette thèse porte sur l’extension des aires de recrutement des conjoint·e·s au-delà des frontières et vise à mettre en lumière les transformations importantes qui touchent les unions transnationales depuis les années 1990. D’une part, il s’agit de comprendre les conditions sociologiques et historiques de l’augmentation de ces unions et, d’autre part, d’interroger leur caractère éminemment genré. Pour ce faire, la thèse se consacre à l’analyse des conjugalités franco-postsoviétiques et se déploie de manière kaléidoscopique : alliant méthodes qualitatives et quantitatives et naviguant entre différents sites d’enquête (Russie, Ukraine, Belarus, France), elle fait varier les échelles d’observation pour accéder aux logiques de la globalisation du marché matrimonial. La thèse restitue aussi un cheminement de recherche : elle passe ainsi par une analyse sociohistorique de régimes de genre situés produisant des masculinités et féminités (in)désirables, à une exploration ethnographique multisituée de l’entremise matrimoniale globalisée où ces projets de genre sont centraux, en passant par une étude quantitative des capitaux qui circulent et s’échangent sur le marché matrimonial globalisé. De là, la thèse plonge dans la complexité et l’épaisseur des parcours de vie en restituant en miroir les parcours de femmes postsoviétiques et d’hommes français engagé·e·s dans un mariage transnational. Si les premières donnent à voir des projets où s’entremêlent le matrimonial et le migratoire, les seconds sont avant tout dans une quête d’ascension sociale où le professionnel prime. De ces parcours parallèles surgissent néanmoins des points de rencontre : au cœur des interactions intimes, comprenant leur lot d’ajustements et de désajustements, émergent des réflexivités sur le genre produites à la fois dans l’expérience migratoire et par la conjugalité transnationale.
This thesis focuses on the extension of spouses' recruitment areas beyond borders and aims to shed light on the important transformations that have affected transnational unions since the 1990s. This thesis focuses on the extension of spouses' recruitment areas beyond borders and aims to shed light on the important transformations that have affected transnational unions since the 1990s. On the one hand, it intends to understand the sociological and historical conditions of the increase of these unions and, on the other hand, to question their eminently gendered character. To do this, the thesis is devoted to the analysis of French-Post-Soviet conjugality and unfolds in a kaleidoscopic way: combining qualitative and quantitative methods and navigating between different fieldworks (Russia, Ukraine, Belarus, France), it varies the scales of observation in order to access the dynamics of the globalization of the marriage market. The thesis also presents a research path: it moves from a socio-historical analysis of situated gender regimes producing (in)desirable masculinities and femininities, to a multi-sited ethnography of global matrimonial matchmaking where these gender projects are central, through a quantitative study of the capitals that circulate and are exchanged on the globalized matrimonial market. From there, the thesis dives into the complexity and thickness of life-courses by mirroring the paths of post-Soviet women and French men engaged in a transnational marriage. If the first ones testify to projects where matrimonial and migratory aspects are intertwined, the second ones are above all in a quest for social ascension where the professional aspect prevails. From these parallel life-courses, however, points of encounter emerge: at the heart of intimate interactions, with their share of adjustments and maladjustment, emerge reflexivities on gender produced both by the migratory experience and by transnational conjugality.