Défense d’entrer : accès réservé aux femmes ! Sociologie des salles de remise en forme « non mixtes »

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Lumière Lyon 2
Par Cindy LOUCHET
Sous la direction de Christine DETREZ
et la co-direction de Oumaya HIDRI NEYS
Année de soutenance 2020

Résumé

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Si les salles de remise de forme ont déjà livré nombre de leurs secrets à la communauté scientifique, il en est autrement de celles imposant une ségrégation au regard du sexe. Pourtant depuis 2004, elles ne cessent de se développer et de se multiplier sur le territoire français, en revendiquant l’interdiction faite aux hommes - un affichage loin d’être anodin à l’heure où la coexistence des deux sexes dans l’ensemble de l’espace social est prônée - ; en vantant des propositions de services spécifiquement adaptées à leur clientèle : les femmes, toutes les femmes quels que soient leur âge, leur morphologie, leur condition physique, leur rapport au corps et au sport ; en se présentant comme des lieux préservés des regards, des jugements évaluatifs, des situations stigmatisantes. C’est en nous appuyant sur une enquête mêlant observations (non) participantes (350 heures), entretiens semi-directifs avec les gérant.e.s, encadrant.e.s (43) ainsi que leurs clientes (27) et analyse de supports communicationnels (3 235), que nous avons produit quelques savoirs sociologiques. Volontairement inclusifs dans des espaces qui se veulent exclusifs au regard de l’appartenance de sexe, tel est le paradoxe des salles de fitness d’un nouveau genre. Mais cette apparente inclusion ne doit pas masquer les pratiques mises en place par ces institutions qui consistent à évaluer les corps de leurs clientes à l’aune des normes dominantes pour mieux les faire maigrir, pour mieux les raffermir, pour mieux les dégraisser afin qu’ils se rapprochent des canons de beauté faisant la féminité.
If fitness centres have already given up many of their secrets, it is not the same for those who impose discrimination regarding gender. Yet, since 2004, they keep expanding on French territory, putting forward the fact that access is denied to men – a quite peculiar positioning in times of promotion of sexes coexistence in social spaces – ; selling their services offer allegedly specifically designed for their clientele, that is to say women, all women whatever their age, their morphology, their physical shape, their relation to their own body or with sport ; presenting themselves as places free from any stares, evaluative judgements, stigmatising situations. Basing us on an investigation combining (non) participating observations (350 hours), semi-structured interviews with the managers and coaches (43) of these establishments as well as the clients (27), and an analysis of their communication media (3235), we eventually managed to produce some new sociological knowledge. Willingly inclusive in spaces designed to be exclusive on sexes criteria, here is the paradox of these fitness centres of a new kind. However, this outward inclusion must not hide the practices that have been set in these institutions, aiming at evaluating their clients bodies in regards of the dominant norms, in order to make them lose weight, to reduce their fat, to tone up their muscles so that these bodies get closer and closer of the beauty standards that make femininity.