De l’individualité familiale à l’identification composite : La compréhension de l’expérience de genre des migrant.es iranien.nes en France

Thèse de doctorat en Sociologie - Université de Bordeaux
Par Tahereh KHAZAEI
Sous la direction de Éric Macé
Année de soutenance 2018

Résumé

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Cette thèse propose une analyse sociologique compréhensive du travail d’individuation et d’identification de genre des migrant.e.s iranien.ne.s en France et s’inscrit dans la question sociologique plus générale des formes d’adaptation des acteurs à un nouvel environnement social, moral et normatif. C’est particulièrement le cas entre la France et l’Iran en raison des contrastes concernant les identités et les rôles de genre et la sexualité. La thèse a pour objectif de répondre à deux questions. Comment ces personnes migrantes font-elles pour adapter leur travail d’identification de genre forgée en Iran aux nouvelles normes et aux nouveaux attendus propres à une société française, non plus imaginée depuis l’Iran, mais éprouvée socialement ? Symétriquement, quels sont ces attendus et ces normes de genre propres à la société française que doivent découvrir, comprendre et prendre en compte (d’une manière ou d’une autre) ces hommes et ces femmes venus d’Iran ? L’idée qui guide la recherche est que l’appareillage théorique classique (acculturation, intégration, socialisation) ne permet sans doute pas de rendre compte de la dimension composite d’une adaptation au nouvel environnement qui combine à la fois l’adoption de nouvelles normes et pratiques, la conservation de ce qui n’est pas flexible dans l’habitus et/ou les convictions religieuses et la syncrétisation d’une néo-ethnicité irano-française. L’enquête a été réalisée par entretiens et observation au sein des espaces domestiques auprès d’hommes et de femmes ayant été totalement socialisés au sein de la société postrévolutionnaire iranienne et qui, devenus migrants en France, doivent comprendre (en une « ethnologie inversée ») et s’adapter aux normes françaises de féminité par le vêtement, aux interactions entre les hommes et les femmes, et à une sexualité dissociée de la conjugalité, le tout dans un contexte fortement contraint par les stéréotypes négatifs envers les migrants du Sud et les musulmans. Ce travail d’individuation peut se résumer au final par l’articulation sous tension entre deux principales dimensions de leur expérience : une « individualité familiale » issue de leur socialisation en Iran et qui est partie-prenante d’une « identification composite » faite d’un travail continu et réflexif d’ajustement social et subjectif.
From family individuality to composite identification : Understanding the gender experience of Iranian migrants in France – This thesis proposes a comprehensive sociological analysis of the work of individuation and gender identification of Iranian migrants in France, as a part of the broader sociological question of the adaptation of actors to a new social, moral and normative environment. This is particularly the case between France and Iran because of the contrasts concerning identities and gender roles and sexuality. The thesis aims to answer two questions. How do these migrant people adapt their gender identification forged in Iran to the new norms and expectations of a French society, no longer imagined from Iran, but socially experimented? Symmetrically, what are these expectations and norms of gender specific to the French society that must discover, understand and take into account (in one way or another) these men and women from Iran? The idea that guides the research is that the classical theoretical apparatus (acculturation, integration, socialization) probably does not allow to account for the composite dimension of an adaptation to the new environment that combines both the adoption of new norms and practices, the preservation of what is not flexible in habitus and / or religious convictions and the syncretization of an Iranian-French neo-ethnicity. The survey was conducted through interviews and observation in domestic spaces with men and women who have been fully socialized in the post-revolutionary Iranian society and who, having become migrants in France, must understand (through an "inverted ethnology" ) and adapt to French norms of femininity through clothing, interactions between men and women and a sexuality divorced from conjugality, all in a context strongly constrained by negative stereotypes towards migrants from the South and Muslims. This work of individuation can be summed up in the end by the tension between two main dimensions of their experience: a "family individuality" stemming from their socialization in Iran, which is a complicated part of a new "composite identification" made through a continuous and reflexive work of social and subjective adjustments.