Communication contre les violences faites aux femmes. De la création aux processus de réception des dispositifs de détournement du genre

Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication - Aix-Marseille Université
Par Evi BASILE-COMMAILLE
Sous la direction de Marie-Peirre Fourquet-Courbet
Année de soutenance 2019

Résumé

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Notre thèse porte sur la communication contre les violences faites aux femmes, et en particulier sur des dispositifs mobilisant le détournement du genre (DDG). De plus, ces dispositifs intègrent les hommes (dans le champ de la caméra) et les incluent dans le public-cible. Ces violences sont des actes d’hommes en tant qu’hommes qui ciblent les femmes en tant que femmes. Elles relèvent d’un phénomène social d’ampleur et collectif. Elles s’envisagent par le prisme des femmes. Le DDG désigne les perturbations des relations, normes ou représentations socialement construites relevant des femmes et des hommes, du féminin et du masculin. Nous cherchons à mieux comprendre cette notion de DDG. Ces créations de DDG, communicationnelles, artistiques, ou les deux à fois, illustrent pour certaines des emprunts réciproques entre les champs de l’art et de la mobilisation sociale. Considérant la communication mobilisant le DDG comme forme d’interactions humaines et sociales médiatisées, trois axes de recherche se dessinent : l’étude des formes du DDG à travers ses dispositifs (ses créations) ; l’étude empirique de la création, les processus créatifs et intentions d’influence des concepteur·trice·s (les créatifs) de tels dispositifs ; l’étude empirique de la réception, des processus de réception et d’influence en réception, c’est-à-dire sur des publics constitués de sujets sociaux. Premièrement, une analyse des dispositifs de DDG hétérogènes permet d’identifier leurs formes multiples qui illustrent l’hypertextualité du genre et des violences (collecte et grille d’analyse systématisées de dispositifs de DDG). Deuxièmement, des entretiens semi-directifs et d’explicitation avec les créatifs permettent l’étude de la création du DDG. Ces derniers assertent la réalité des violences et du genre, ils·elles imitent puis transforment ces réalités sociales, visent à interpeller, faire sentir des affects négatifs et révéler les violences, dans une perspective socio-cognitivo-réflexive, mais aussi à pointer, montrer et renverser sur les auteurs de violence la responsabilité des violences, l’anormalité de leurs comportements. Enfin, troisièmement, nous nous penchons sur la réception du DDG (focus groups et quasi-expérimentation). Les sujets-sociaux relèvent la dimension collective des violences, ressentent l’inconfort psychologique lié à l’hypertextualité et co-construisent des opinions allant dans le sens des intentions initiales en création ou expriment des histoires de violences et sexisme vécues ou en tant que témoin. Même si certaines opinions ne vont pas dans le sens des dispositifs de DDG en condamnant la transgression du genre ou des positions féministes contemporaines, nous avons montré que le DDG peut modifier favorablement des attitudes sexistes.