Chirurgiens au féminin ? : socialisation chirurgicale et dispositions sexuées de femmes chirurgiens digestifs

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Lumière Lyon 2
Par Emmanuelle ZOLESIO
Sous la direction de Bernard Lahire
Année de soutenance 2010

Publication

Chirurgiens au féminin ? : des femmes dans un métier d'hommes
Editeur : Presses Universitaires de Rennes
Année : 2012

Résumé

Français Anglais
A l’intersection d’une sociologie de la socialisation professionnelle et de la sociologie du genre, la thèse se propose d’étudier la population des femmes exerçant en chirurgie digestive. L’enquête s’appuie sur des entretiens menés avec des chirurgiens (une quarantaine de femmes et une quinzaine d’hommes) ainsi que sur du matériau ethnographique issu de stages d’observation. Le fait de restreindre l’analyse aux seules exceptions statistiques que représentent les femmes en chirurgie partait de l’hypothèse que les processus de socialisation professionnelle et les produits de cette socialisation seraient plus visibles – parce que plus problématiques, moins «naturels» – qu’en étudiant leurs homologues masculins. Mais parce que les dispositions professionnelles en chirurgie sont inextricablement construites et perçues comme « masculines », l’analyse s’est aussi attachée à la construction sociale du «féminin» ou du «masculin» chez les enquêtées exerçant ce métier. Nous étudions dans une première partie analytique comment les enquêtées qui choisissent la chirurgie s’accommodent de ce qui est rédhibitoire pour d’autres étudiantes ayant écarté la spécialité de leur choix à l’internat, à savoir la grande disponibilité temporelle exigée par le métier, l’humour grivois des opérateurs et le faible relationnel avec le patient. Dans la seconde partie des résultats, nous montrons que les femmes qui choisissent la chirurgie ont pour la plupart un patrimoine dispositionnel perçu comme «masculin» et que cette intériorisation de dispositions socialement construites comme masculines s’est faite dans le cadre de la profession, mais déjà en amont dans le cadre des socialisations antérieures (familiales, amicales…). Quelques cas d’enquêtées «féminines» sont étudiés en contrepoint. Enfin, un dernier chapitre souligne la pluralité dispositionnelle diachronique (avec une tendance à la masculinisation en début de carrière professionnelle) ainsi que la pluralité dispositionnelle synchronique («masculines» avec les chirurgiens, elles se comporteraient de manière plus «féminine» avec les infirmières).
At the crossing of sociology of professional socialization and sociology of gender, this PdD research studies the population of women general surgeons. It is based on interviews with surgeons (about forty interviews with female surgeons and fifteen with male surgeons) and ethnographic data collected through observation. The study of the statistical exception that are female surgeons is based on the hypothesis that the process of professional socialization and its outcomes would be more visible – because more problematic, less “natural” – than through the study of male surgeons. But, because professional dispositions in surgery are inextricably built and perceived as “masculine”, the research also analyses the social construction of “feminity” and “masculinity” of women surgeons.The first part is devoted to the study of how women who choose surgery put up with some aspects of the profession that make other student avoid it. These aspects are: the business of timetable required by surgery, the lack of inter-personal relations with the patient and the coarse humour of male surgeons. The second part demonstrates that the women who choose surgery have, most of the time, a dispositional heritage perceived as “masculine” and that this incorporation of dispositions socially constructed as masculine occurred in the professional context but also, earlier on, in the context of prior socializations (familial socialization, friend socialisation…). Some “feminine” women surgeons are studied as counterpoint. Finally, the last chapter underlies diachronic dispositional plurality (with a tendency to masculinization at the beginning of the career) and synchronic dispositional plurality (“masculine” with male surgeons, they behave in a more “feminine” way with nurses).