Cherchez la femme : histoire du mouvement antialcoolique en France (1835-2013)

Thèse de doctorat en Histoire - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Par Viktoria AFANASYEVA
Sous la direction de Myriam TSIKOUNAS
Année de soutenance 2020

Résumé

Français Anglais
L’idée de fonder des sociétés de tempérance se fait jour en France à partir des années 1830, au moment où les premières associations de ce type apparaissent dans les pays anglophones. Le mouvement antialcoolique français naît à la fin du XIXe siècle, mais les contours de l’adversaire restent flous jusqu’à la Première Guerre mondiale : les militants s’engagent tantôt pour la tempérance, tantôt contre l’alcoolisme, sans définir ces notions. Les femmes sont présentes dans les associations antialcooliques de cette époque, mais leur action reste peu visible. Durant les conflits 14-18, l’alcool – les boissons distillées et titrant de plus de 23° – est déclaré « l’ennemi de l’intérieur » et il est activement combattu par les antialcoolistes et notamment par l’Union des Françaises contre l’alcool. Le vin et les autres boissons fermentées sont épargnés pendant toute la période de l’entre-deux-guerres et durant la Seconde Guerre mondiale. À partir des années 1950, l’idée que toutes les boissons alcoolisées sont potentiellement nocives commence à s’affirmer lentement dans l’opinion publique. L’État s’engage dans la lutte contre l’alcoolisme : son objectif est la prévention. Dès lors les associations antialcooliques se réinventent sans cesse, essayant de se conformer aux nouvelles tendances en matière de prévention. En ce qui concerne les femmes, leurs engagements évoluent aussi au prisme de l’acquisition du droit de vote, du baby-boom des Trente Glorieuses et de la médiatisation de l’alcoolisme féminin.
Ideas on temperance societies began to circulate in France from the 1830s, when the first associations of this type appeared in English-speaking countries. The French temperance movement was formed at the end of the 19th century, but the contours of its adversary remained unclear until the First World War: activists fought both for temperance and against alcoholism, without defining these notions. Women were engaged in associations of that time, but their action was hardly visible. During the War 14-18, the alcohol – distilled drinks and drinks with a titer of more than 23° – was declared "the enemy of the interior" and was actively combated by temperance activists and in particular by the Union of French women against alcohol. Wine and other fermented beverages avoided attacks throughout the interwar period and during the Second World War. From the 1950s, the idea that all alcoholic beverages are potentially harmful began to assert slowly in public opinion. The state started the fight against alcoholism: its objective was the prevention of health. Therefore, temperance associations were obliged, and still are, to reinvent themselves, trying to conform to new trends in health prevention sphere. Women activities also shifted, due to major social changes as the acquisition of the right to vote, the baby boom of the Thirty Glorious Years and the media coverage of female alcoholism.