Blak Feminism. Rapports sociaux de sexe et de race dans la poésie et l’art contemporains des Premières Nations d’Australie

Thèse de doctorat en Littératures française, francophones et comparée - Université de Cergy-Pontoise
Par Mylène CHARON
Sous la direction de Rémi Astruc
Année de soutenance 2020

Résumé

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La situation des femmes dans les colonies et celle des peuples Autochtones dans les colonies de peuplement est mentionnée dans les études postcoloniales, mais souvent à titre de question secondaire. Elle se trouve au cœur de cette thèse, qui porte sur les littératures contemporaines d’un groupe social dont l’expérience du sexisme est toujours en même temps façonnée par celle du racisme, les femmes des Premières Nations d’Australie. En s’appuyant sur un corpus large, composé d’œuvres de plus de trente artistes et autrices dont elle fait apparaître les liens intertextuels, elle affirme l’existence d’un positionnement collectif féministe blak, d’après l’auto-définition Autochtone qui prévaut en Australie depuis les années 1990. Le corpus permet donc d’observer la manière, additive, intersectionnelle ou consubstantielle, dont de multiples oppressions sont représentées. Il vise ainsi une meilleure compréhension des réserves des femmes Autochtones australiennes à l’égard d’un certain féminisme blanc, en les mettant en perspective avec les critiques adressées depuis les années 1980 par les féministes noires anglo-américaines au féminisme hégémonique. Les liens entre politique et littérature y sont repensés, à la faveur de l’analyse de la résistance à l’impérialisme et au patriarcat, telle qu’elle s’exprime dans ces canaux alternatifs que sont la poésie et l’art contemporains. Les textes, sélectionnés pour leur force d’interpellation et leur portée intersubjective, engagent enfin une réflexion sur les positions d’objet et de sujet de la recherche, à partir de la situation de la chercheuse et ses implications sur la production de savoirs.
Postcolonial studies address the situation of women in the colonies and of Indigenous peoples in settler colonies, but often as a secondary concern. Adopting an opposite approach, this thesis centers on this very question by examining the contemporary literature written by First Nations women of Australia, a social group whose experience of sexism is simultaneously shaped by that of racism. Drawing out intertextual links throughout a large body of works comprised of over thirty artists and writers, this dissertation affirms the existence of a collective feminist standpoint qualified as blak, an appellation which appeared with the Indigenous self-presentation of the 1990s and still prevails in Australia today. The collection of works reveals the ways in which multiple oppressions are represented through additive, intersectional or consubstantial models. Its examination aims at improving the understanding of Indigenous women’s reservations about a specific kind of white feminism, by putting them in dialogue with the criticisms addressed by Anglo-American black feminists toward hegemonic feminism since the 1980s. The relations between politics and literature are thus reexamined through the analysis of resistance to both imperialism and patriarchy, as it is expressed through alternative channels such as contemporary art and poetry. The texts, selected for their formal features of direct address and their intersubjective dimension, spark a reflection upon the positions of object and subject in research, which begins with the acknowledgment of the researcher’s own situation and its consequences on the production of knowledges.