Artistes mais femmes. Formation, carrière et réputation dans l’art contemporain.

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Par Mathilde PROVANSAL
Sous la direction de Marie Buscatto
Année de soutenance 2019

Résumé

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Les plasticiennes sont sous-représentées aux plus hauts niveaux de la réputation artistique, symbolique et économique alors même qu’elles sont majoritaires au sein des écoles d’art et de la population des plasticien.ne.s. Située au croisement de la sociologie du travail, du genre, de l’art et de l’éducation, cette thèse explique ce paradoxe. Elle analyse la fabrique des inégalités de genre au sein d’une école d’art très prestigieuse et ses effets sur l’entrée, le maintien et l’accès à la réputation de ses diplômé.e.s dans l’art contemporain. La construction genrée des carrières artistiques est mise en évidence grâce à l’articulation de données quantitatives issues d’un palmarès d’artistes (ArtFacts), d’entretiens biographiques et d’observations. Qu’il s’agisse du recrutement dans l’école, de la sélection dans un atelier, des « petits boulots » exercés, d’être invité.e à exposer et d’être représenté.e par une galerie, la disparition progressive des femmes se joue autour de jeux de cooptation. À différents moments de la carrière, des stéréotypes sexués pèsent sur l’évaluation de la qualité artistique des femmes et de leurs œuvres, le stigmate de la maternité restreint leur employabilité et leur hétérosexualisation limite les possibilités d’autopromotion. L’accès aux conventions du monde de l’art contemporain et l’insertion dans des réseaux professionnels, en particulier sur le marché de l’art, sont sexuellement différenciés. Néanmoins, diverses ressources sociales, économiques, scolaires ou institutionnelles permettent à certaines femmes de contourner les contraintes qui pèsent sur les carrières artistiques féminines et d’accéder à la réputation.
Women artists are underrepresented at the highest levels of artistic, symbolic and economic reputation, although they make up the majority of art school students as well as artists. Drawing on sociology of work, gender, art and education, this PhD dissertation explains this paradox. It analyses the making of gender inequalities within a very prestigious French art school and how these affect the entrance into an artistic career, survival in the profession and access to reputation of its graduates in contemporary art. The joint analysis of quantitative data from an artist ranking (ArtFacts), biographical interviews and ethnographic observations sheds light on the gendered construction of artistic careers. Whether it is during the recruitment by the art school, the selection in a studio, student jobs, the invitation to exhibit one’s work or being represented by a gallery, women’s gradual disappearance plays out in co-optation processes. At different stages in the career, the stigma of motherhood restricts their employability and their heterosexualization limits opportunities for self-promotion. Access to the conventions of the contemporary art world and integration into professional networks, particularly in the art market, are sexually differentiated. Nevertheless, different social, economic, educational or institutional resources allow some women to bypass the constraints weighing on women’s artistic careers, and to gain reputation.