Africagay contre le sida : « un combat africain » ? Approche relationnelle d’une mobilisation inter-associative franco-africaine

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Paris Ouest Nanterre la Défense
Par Lucille GALLARDO
Sous la direction de Catherine Deschamps
et la co-direction de Christophe Broqua
Année de soutenance 2020

Résumé

Français Anglais
Cette thèse s’intéresse aux collaborations inter-associatives franco-africaines de lutte contre le sida et propose d’étudier leurs singularités. Pour cela, elle s'arrête sur le cas du réseau Africagay contre le sida qui regroupe, depuis la fin des années 2000, une vingtaine d'associations d'Afrique francophone et les associations françaises Aides et Sidaction, mobilisées pour défendre la cause homosexuelle sur le continent africain. À partir d’une enquête ethnographique qui associe l'observation des activités du réseau dans plusieurs pays et à différentes échelles, à des entretiens et au dépouillement de fonds d'archives, elle propose une analyse socio-historique et relationnelle des déterminants et des effets de l'engagement transnational. La thèse envisage les collaborations franco-africaines au prisme d’une dialectique mêlant interdépendances et asymétries. Interdépendantes pour se légitimer dans l'espace international de lutte contre le sida, les associations et les personnes prises dans ces collaborations ne sont pas égales. "L'international" constitue une ressource socialement distinctive. Elle profite davantage aux personnes et aux organisations qui sont dans les positions les plus avantagées dans leurs espaces nationaux respectifs et au sein du collectif. Néanmoins les pratiques d'extraversion, considérées ici comme un sens pratique de l'action sous contrainte, permettent aux personnes les moins dotées socialement de tirer profit de cette forme d'action collective. Au croisement des sociologies de l’international, des mobilisations, et de l’aide internationale, cette thèse permet de comprendre comment se perpétuent et se redéploient des proximités singulières et des rapports de pouvoir caractéristiques des relations franco-africaines, d'un point de vue non-substantialiste.
This dissertation focuses on Franco-African inter-associative collaborations in the fight against AIDS and proposes to study their singularities. To this end, it focuses on the case of the « Africagay contre le sida » network, which, since the end of the 2000s, has brought together some twenty organizations in French-speaking Africa and the French organizations Aides and Sidaction, mobilized to defend the homosexual cause on the African continent. Based on an ethnographic survey that combines observation of the network's activities in several countries and at different scales, interviews, and the examination of archival fonds, it offers a socio-historical and relational analysis of the determinants and effects of transnational engagement. The research considers Franco-African collaborations through the prism of a dialectic mixing interdependencies and asymmetries. Interdependent in order to legitimize themselves in the international space of the fight against AIDS, organizations and individuals involved in these collaborations are not equal. "The international" is a socially distinctive resource. It is of greater benefit to the people and organizations that are in the most advantaged positions in their respective national spaces and within the collective. Nevertheless, the practices of extraversion, considered here as a practical sense of action under constraint, allow those who are less socially endowed to benefit from this form of collective action. At the crossroads of the sociology of the international, mobilization, and international aid, this dissertation allows us to understand how singular proximities and power relations, characteristics of Franco-African relations, are perpetuated and redeployed, from a non-substantialist point of view.