JustineS (Justice et Inégalités au prise dess Sciences sociales)

Publié le 15 mars par Héloïse Humbert

Développés depuis plusieurs xx décennies dans le monde anglo-saxon, les travaux sur les inégalités sociales face à la justice se concentrent, en France, sur la justice pénale, montrant la très forte surreprésentation des hommes de classe populaire dans ces procédures et discutant l’existence de discriminations en fonction de la nationalité ou de l’appartenance ethno-raciale.

En s’intéressant à la justice du quotidien, de l’ordinaire et de l’intime, le projet JUSTINES entend opérer un premier déplacement par rapport à ces recherches, pour mettre en lumière l’expérience ordinaire qu’ont les citoyen-ne-s de la justice, qui ne se limite pas à la confrontation aux institutions pénales. Prenant pour point de départ un contentieux civil de masse, les affaires familiales, le projet s’étend à de nombreux autres domaines du droit, en fédérant des recherches qui s’articulent aux affaires familiales (justice des mineurs, justice des tutelles, mais aussi traitement des violences conjugales) ou qui, comme elles, permettent d’appréhender le passage en justice de femmes et d’hommes de tous milieux sociaux, aux situations économiques et aux trajectoires migratoires très variées (comme par exemple le contentieux civil opposant propriétaires et locataires). Il vise ainsi à documenter et analyser à grande échelle la variabilité de l’application de la loi et des formes de confrontation à l’institution judiciaire selon la position socio-économique, le sexe et l’orientation sexuelle, l’origine nationale, la trajectoire migratoire, la possession d’un titre de séjour, ou encore selon le lieu de résidence.

Le projet JUSTINES opère un second déplacement en décloisonnant l’analyse pour porter le regard au-delà des tribunaux. Il intègre la question des inégalités dans les usages du droit, entendus en un sens large dans un continuum allant de la confrontation aux administrations aux procès en justice, en passant par les différentes formes de négociation extra-judiciaire. Dès lors, il engage la réflexion sur les inégalités dans le recours aux différents professionnel·les et intermédiaires du droit (avocat·es, notaires, médiateurs, expert·es, travailleurs sociaux, agents administratifs, etc), dans la continuité avec les travaux qui s’intéressent aux rapports entre les street level bureaucrats et les administrés. Prenant appui sur des recherches comparatives localisées à Paris et dans l’agglomération parisienne, tout en offrant plusieurs contrepoints en région, le projet propose de penser à nouveaux frais les inégalités territoriales face au droit, en exploitant des données qualitatives et quantitatives inédites.

En lien avec des chercheur·es du continent nord-américain, le projet JUSTINES réunit une équipe pluridisciplinaire constituée de sociologues, juristes, politistes, économistes et géographes, qui exploite des données quantitatives et qualitatives inédites. Au-delà de sa contribution à la structuration d’un milieu de recherche académique, le projet entend mettre à disposition des professionnel·les du droit, des associations et des acteurs publics des données rigoureuses de qualité et des outils de réflexion pour la lutte contre les inégalités, dans la formation comme dans la pratique.

Axes de recherche

  • Les inégalités de genre face à la justice
  • Les inégalités socio-territoriales
  • Les intermédiaires du droit

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