Genre(s) et méthodes (GEM) : Genre et développement

Publié le 16 novembre par Héloïse Humbert

Le second séminaire Genre(s) et méthodes (GEM) de l’année 2021-2022 aura lieu sur Zoom le vendredi 19 novembre entre 9h et 12h (15h à 18h à Paris), sous le titre Genre et développement international. N’oubliez pas de vous inscrire en écrivant à cricis@uqam.ca. Le séminaire est gratuit et ouvert à toutes et à tous !

À cette occasion, nous accueillerons :
- Isabelle Auclair (Université Laval, Québec) : Méthodologies féministes intersectionnelles : documenter et analyser le continuum des violences genrées
- Florent Chossière (Université Gustave Eiffel, France) : Se (re)positionner sur le terrain en contexte d’ethnographie par participation observante : retours sur une enquête auprès d’exilé·es LGBT+ en France

Résumés des communications :

Isabelle Auclair : Méthodologies féministes intersectionnelles : documenter et analyser le continuum des violences genrées

En s’appuyant sur diverses recherches portant sur le continuum des violences, notamment dans les trajectoires migratoires et en coopération internationale, cette communication propose une réflexion sur les approches et méthodologies féministes pour documenter et analyser les impacts de l’intersection des systèmes d’oppression dans la production et la reproduction des violences. Tout comme les systèmes d’oppression qui ne sont pas hiérarchisés dans les approches féministes intersectionnelles, les violences étudiées au sein du continuum sont appréhendées de manière non hiérarchique. Le concept de continuum favorise l’exploration de violences qui ne sont pas communément étudiées et vise à approfondir l’analyse et à préciser les actions à entreprendre. En outre, son utilisation dans une perspective féministe intersectionnelle exige un arrimage théorique et empirique par la prise en compte du vécu et du point de vue des femmes elles-mêmes. Il est alors intéressant de se questionner sur les concepts mobilisés, mais également sur les implications méthodologiques liées à l’approche intersectionnelle.

Florent Chossière : Se (re)positionner sur le terrain en contexte d’ethnographie par participation observante : retours sur une enquête auprès d’exilé·es LGBT+ en France

Cette intervention se propose de revenir sur quelques questionnements et réflexions soulevés par le dispositif méthodologique mis en place dans le cadre de ma thèse portant sur des personnes demandant l’asile en France au motif de persécutions liées à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Cette recherche s’est appuyée sur une démarche ethnographique de trois ans, réalisée en situation de « participation observante » (Makaremi, 2008) au sein d’une association parisienne spécialisée dans l’accompagnement à ce type particulier de demande d’asile. Une telle configuration d’enquête, caractérisée par une forte « implication » sur le terrain en raison du rôle de bénévole que j’ai occupé dans l’association, entraîne une série de questions sur les plans méthodologique, épistémologique et éthique. En revenant sur les spécificités du groupe étudié et sur celles des conditions de réalisation de cette enquête, il s’agira de rendre compte de quelques unes des difficultés qui ont structuré le déroulement du terrain (gestion des rapports de pouvoir rejoués ou négociés dans la relation d’enquête, utilités et difficultés de la démarche réflexive dans un souci d’objectivation des implications du positionnement personnel, navigation entre les exigences scientifiques et éthiques parfois contradictoires, etc.), ainsi que de présenter certains (ré)ajustements adoptés pour y faire face.

À propos des intervenant.e.s

Isabelle Auclair détient un doctorat en anthropologie. Elle est titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, Savoirs et Sociétés et professeure au Département de management de l’Université Laval où elle enseigne des cours portant sur les approches et les méthodologies féministes, les enjeux d’équité, diversité et inclusion en milieu de travail ainsi que sur l’intégration d’une analyse féministe intersectionnelle dans la gestion des projets de coopération internationale. En cohérence avec ses activités d’enseignement, elle est impliquée dans diverses recherches s’intéressant entre autres à l’intersection des systèmes d’oppression et au continuum des violences dans différents domaines, notamment les migrations forcées.

Florent Chossière est doctorant en géographie à l’Université Gustave Eiffel (France), rattaché au laboratoire Analyse Comparée des Pouvoirs. Sa thèse, en cours de réalisation, porte sur les trajectoires socio-spatiales de personnes demandant l’asile en France au motif de persécutions liées à l’orientation sexuelle ou identité de genre. Il est également fellow de l’Institut Convergences Migrations et membre du groupe transversal de recherche JEDI (Justice, Espaces, Discriminations, Inégalités) du labex Futurs Urbains (Université Paris-Est). Sa dernière publication, « Refugeeness, sexuality and gender : spatialized lived experiences of intersectionality by queer asylum seekers and refugees in Paris » (2021, Frontiers in Human Dynamics – Refugees and Conflict), est disponible en ligne.

Syllabus du séminaire :

Le séminaire Genre(s) et méthodes (GEM) s’attache à étudier les questions féministes, intersectionnelles et de genre(s) en termes de méthodes, méthodologies et épistémologies. Concept transdisciplinaire fluide et non figé, le genre – ou les genres, pour échapper à un fonctionnement social binaire – a fait l’objet de travaux qui, en proposant un décentrement radical, ont transformé le paysage des sciences sociales et humaines tout au long du XXe siècle. Ce séminaire a pour objectif de proposer un espace pour discuter des apports de ces études à la pratique scientifique. Nous y discutons des façons de faire de la recherche lorsqu’on travaille sur le(s) genre(s), de ses / leurs articulations avec d’autres formes de minoration, et du pouvoir critique de cet outil pour désessentialiser le monde social. Cherchant à soustraire la réflexion à la pensée universaliste, nous y décentrons les regards pour aborder les questions de luttes, de résistances, à l’exemple de celles de corps racisés qui subissent différents rapports de domination. Nous réfléchissons à la façon dont sont opérés les décentrements des concepts et aux démarches mises en œuvre pour déconstruire les normes dominantes sur les identités de genre, les sexualités et d’autres rapports de pouvoir comme la classe ou la race.

Pluriels, les questionnements portent sur la capacité à penser le positionnement de la chercheuse ou du chercheur, son engagement, sa subjectivité, le dévoilement de biais en termes de production ou d’interprétation de données, la réflexivité sur ces biais en tant que ressources heuristiques, épistémiques ou politiques, les questions éthiques soulevées par des objets perçus comme impurs, ou encore l’historiographie ou l’analyse du caractère genré d’un objet ou d’un dispositif d’enquête… Il s’avère pertinent de mettre au jour et d’analyser les façons dont le(s) genre(s) – ainsi que les concepts qui lui / leur sont rattaché(s) – sont travaillés et reconstruits par le terrain… Enfin, cet espace de dialogue a aussi pour vocation d’interroger la possible singularité des méthodes, méthodologies et épistémologies des approches par le genre et des études féministes et intersectionnelles. Ce séminaire met en lumière des travaux s’inscrivant dans les champs des médias et de la communication, et plus largement en sciences humaines et sociales (sociologie, histoire, anthropologie, sciences politiques ou philosophie…).

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